À l’été 2006, les autorités dénombraient 71 lacs contaminés aux cyanobactéries. Mais alors que les Québécois s’inquiétaient de l’état de leurs cours d’eau, certains chercheurs, dont Richard Carignan, profesÂseur de biologie à l’Université de Montréal et membre du Groupe de recherÂche interuniversitaire en limnologie et en environÂneÂment aquatique (GRIL), appelait les gens au calme. Selon lui, la grande majorité de nos lacs se portent beaucoup mieux que ce que l’on pense.
Quatre ans après l’épisode des algues bleues, comment se portent nos lacs et rivières?
Dans les années 2006-2007, les gens se sont mis à voir des algues bleues partout. Il faut comprendre que de petites accumulations d’algues bleues dans les lacs, c’est parfaitement normal. Le problème a été, dès le départ, très exagéré. Il y a des lacs et des rivières qui ont de sérieux problèmes d’algues bleues au Québec, mais ce sont presque tous des cours d’eau affectés par des pratiques agricoles non durables. Dans les Laurentides et en Estrie, là où il y a moins d’agriculture, il y a aussi des lacs qui ont de petits problèmes d’algues bleues parce qu’ils reçoivent du phosphore de façon excessive des installations septiques.
Si cette crise a été exagérée, iriez-vous jusqu’à dire que la majorité de nos lacs sont en santé?
Je dirais qu’ils se portent assez bien. Mais ce n’est pas parce qu’ils se portent relativement bien qu’il faut relâcher la vigilance.
Peut-on tout de même dire que cet épisode a agi comme une sonnette d’alarme pour conscientiser les autorités à l’importance de protéger nos lacs et rivières?
Peut-être. Parce que les autorités ont pris certaines mesures, mais je ne sais pas si elles sont adéquates. Par contre, il faut faire attention quand on crie au loup. Cette crise-là a eu un avantage, c’est qu’elle a incité les gens à faire attention à leurs lacs. Mais à partir du moment où les gens réalisent que ça a été fortement exagéré, ça peut créer l’effet contraire. Je ne sais donc pas encore si la résultante est positive ou négative dans ce cas précis.
Quel bilan dressez-vous de la situation actuelle?
La situation n’a pas beaucoup changé depuis une dizaine d’années. Des mesures contre le phosphore ou pour une meilleure gestion des bandes riveraines ont été prises, mais on ne peut pas s’attendre à voir des améliorations après trois ou quatre ans. Si les municipalités appliquent correctement les mesures mises en place par le gouvernement et qu’ils obtiennent les ressources financières pour les appliquer, peut-être verrons-nous des améliorations au cours des prochaines décennies.
Outre les cyanobactéries, quels autres problèmes menacent nos cours d’eau?
Nos lacs sont de plus en plus aux prises avec un problème de prolifération de plantes aquatiques, et ça, c’est un signe précurseur qu’on met trop de fertilisants dans nos lacs, qu’il y a trop d’érosion sur le bord des lacs. Il y a beaucoup de travail à faire. Les règlements actuels demandent que les niveaux de phosphore dans les lacs ne dépassent pas certains seuils, mais c’est facile de démontrer qu’à ces seuils-là, on fait beaucoup de dommage aux lacs, notamment en favorisant la croissance excessive des plantes aquatiques.
Et sur le plan agricole, est-ce que ça change?
Je dirais qu’au niveau agricole, c’est probableÂment mieux qu’avant, mais qu’il y a encore une véritable révolution à faire quant à la façon dont on exploite les bassins versants agricoles.
Et les savons?
Depuis juillet 2010, la mise en marché de certains détergents à vaisselle contenant plus de 0,5 % de phosphore est interdite au Canada. À l’échelle d’un bassin versant où l’on retrouverait à la fois des activités agricoles, des rejets d’eaux usées et du ruissellement de surface, la contribution des détergents à lave-vaisselle domestiques pourrait ne représenter qu’environ 1 % de la charge totale de phosÂphore qui y serait déversée. Toutefois, dans le bassin versant d’un lac où la seule activité serait la villégiature, cette proportion pourrait représenter de 7 % à 24 %, selon différentes études nord-américaines. (Source : www.mddep.gouv.qc.ca)