Le monde ne s’est jamais aussi bien porté. Mais la décennie qui s’achève a beau avoir été l’une des moins violentes, les trafiquants d’armes de tous calibres ne se sont pas recyclés pour autant. Viktor Anatolievitch Bout en est la preuve vivante. Le marchand de la mort – il a inspiré le personnage de Nicolas Cage dans Lord of War – est écroué aux États-Unis depuis la semaine dernière. Washington ne lui pardonne pas d’avoir vendu des armes aux talibans.
Tant que l’ex-espion russe livrait lance-grenades, fusils automatiques, pistolets, carabines et munitions de toutes sortes aux nombreuses factions s’entretuant en République démocratique du Congo (RDC), les Américains fermaient les yeux. Bout, 43 ans, a commis un crime de lèse-majesté en voulant accroître son trésor de guerre avec des armes servant à tuer des boys. «Aux États-Unis, je suis devenu le numéro deux sur la liste des plus grands terroristes après Ben Laden», déclarait-il cette année au quotidien français Le Figaro. Il a maintenant les fers aux pieds et son procès est fixé pour janvier prochain. Il risque une peine d’emprisonnement à vie.
Le plus célèbre de tous les trafiquants n’est qu’un simple pion sur l’échiquier planétaire du commerce d’armes légères dominé par les États eux-mêmes, petits et grands. Sans eux, il n’y en aurait pas un demi-milliard en circulation dans le monde. À cause des carnages que ces armes provoquent, l’ONU les assimile aux «armes de destruction massive», surtout sur le continent africain où le coût des guerres, faites principalement avec des armes légères, a dépassé les 300 G$ depuis 20 ans.
Vendredi, huit pays d’Afrique centrale ont signé une convention sur leur contrôle. Elle se veut contraignante. Vaste programme. Des mots soigneusement étalés sur du papier recyclé. Depuis une dizaine d’années, les Nations unies ont fait du 9 juillet la journée internationale de la destruction des armes légères, mais aucun traité n’interdit encore leur prolifération. Plus du tiers des armes légères se vendent sous le manteau. Un fusil d’assaut AK-47 ou un kalachnikov coûte le prix d’un sac de maïs, soit une cinquantaine de dollars. De bonnes affaires quand ces armes sont achetées pour une bouchée de pain et vendues en grande quantité, parfois sous le regard bienveillant de pays prônant la vertu sur toutes les tribunes de l’ONU. Viktor Bout n’a jamais été totalement seul dans son commerce de la mort.