La Corée ne se réduit pas aux conflits entre le Nord et le Sud. À Pyongyang, les Nord-Coréens ont maintenant une nouvelle université privée et son fondateur est… Sud-Coréen et catholique!
À Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord, sur un grand campus qui a coûté 35 M$, 146 Nord-Coréens sont étudiants à la maîtrise. Sélectionnés par le gouvernement, ils se spécialisent dans des domaines aussi variés que les technologies de l’information, l’agriculture et les sciences de la vie. Ces étudiants fréquentent un nouvel établissement priÂvé : l’Université des sciences et technologies de Pyongyang. «C’est un miracle», résume simplement Kim Chin-kyung, l’homme d’affaires sud-coréen qui a fondé l’université. Les vives tensions qui existent entre les deux Corée lui donnent raison.
Il y a 12 ans en fait, la Corée du Nord jetait Kim en prison, l’accusant d’être un agent de la CIA. C’était la deuxième fois qu’il était incarcéré par l’État. La première fois, il avait 15 ans et la guerre de Corée faisait rage. Alors qu’il était captif, Kim a fait un pacte avec Dieu : il lui a permis de ne jamais haïr ses ennemis si Dieu lui laissait la vie sauve. «Depuis que j’ai été libéré, je n’ai jamais critiqué la Corée du Nord, raconte-t-il. Au contraire, je lui ai envoyé de l’amour. Et finalement, ils m’ont invité à créer une université chez eux.»
Dans les années 1990, la Chine communiste a permis à Kim, alors à la tête d’une importante compagnie de mode en Floride, de fonder l’Université des sciences et technologies de Yanbian. Aujourd’hui, l’établissement se classe parmi les meilleures au pays. Kim, qui détient un doctorat en économie, a fourni le financement pour cette université dont la devise est : «Vérité, Paix, Amour». «La paix a un prix, explique Kim. Les capitalistes ont les moyens de payer ce prix.»
Au cours des années, la Corée du Nord a observé les succès de Kim en Chine. Et dans un geste qui a surpris tout le monde, Pyongyang lui a accordé le droit de bâtir une université sur son territoire. Des dons d’organisations chrétiennes des États-Unis et de Corée du Sud ont contribué au financement.
L’université de Pyongyang a reçu son premier étudiant il y a un mois. «Je ne m’intéresse pas à la politique, insiste Kim. Ma motivation première, c’est d’amener la paix dans notre région, et le seul moyen d’y parvenir, c’est avec l’éducation. J’ai fréquenté l’université en Angleterre et j’ai vu ce qui se faisait avec ERASMUS en Europe. Je voudrais faire de même en Asie.» Le corps professoral de l’université est déjà bien cosmopolite. Des Européens et des Américains y enseignent. À l’avenir, plus d’étudiants devraient être admis. «Je me fous un peu des chiffres, affirme toutefois Kim. Nous voulons former des leaders.»
De l’eau et du chauffage!
À l’Université des sciences et technologies de Pyongyang, les étudiants
et les 13 professeurs (qui viennent du Canada, des Pays-Bas, des
États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Allemagne) habitent dans les
résidences universitaires. On y trouve du chauffage, de l’eau et des
génératrices d’urgence. Étonnant dans un pays où il est si difficile de
satisfaire les besoins de base. Le personnel de l’établissement comprend
aussi un couple américano-sud-coréen qui s’occupe, entre autres, des
repas, qui sont préparés avec des aliments imÂporÂtés de Chine. «Nous
somÂmes très bien reçus, raconte Norma Nichols, qui fait partie du
personnel. Nous nous attendions à des étudiants un peu fermés, mais ce
n’est pas le cas. Et leur maîtrise de l’anglais est excellente, grâce au
système nord-coréen.
60 ans de terreur
Depuis que la Corée du Sud a déclaré son indépendance, en 1950, la Corée du Nord s’est mise à provoquer le monde. L’invasion de 1950 a déclenché la guerre de Corée. Trente-six ans plus tard, la Corée du Nord a indiqué qu’elle ne respecterait pas l’armistice et a envoyé des troupes dans la zone coréenne démilitarisée. Aujourd’hui, le pays se targue de posséder des armes nucléaires. Plus tôt cette année, la Corée du Nord a coulé le Cheonan, un navire sud-coréen. En novembre, le Nord a attaqué le sud, tuant deux soldats. La Corée du Sud a indiqué qu’il y aurait des représailles si Pyongyang attaquait à nouveau.
L’argent est le seul passeport
Métro s’est entretenu avec Tim Peters, président de l’organisation humanitaire Helping Hands Korea.
Comment réagissez-vous à la création de cette université?
Kim Chin-kyung a été un véritable pionnier en fondant une université
chrétienne en Chine et il souhaite avoir le même impact en Corée du
Nord. Il a des partisans et des détracteurs. Certains se demandent si l’investissement n’implique pas trop de compromis et de cadeaux au régime nord-coréen.
Approuvez-vous l’existence de cette université?
Est-ce une bonne idée d’injecter de l’argent en Corée du Nord, alors qu’on sait qu’il finira dans le régime de Kim Jong-il? C’est là tout le débat. Pour réussir à entrer au pays, que ce soit pour des raisons diplomatiques, commerÂciales, académiques
ou humanitaires, il ne faut pas croire que l’intérêt de Pyongyang pour
un projet entre en ligne de compte. Il n’y a qu’un facteur qui compte : l’argent.