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WikiLeaks ou WikiPschitt?

Franco Frattini a le sens de la formule. Le mi­nistre italien des Affaires étrangères est catégorique : il y a eu la semaine dernière un «11-Septembre de la diplomatie mondiale» avec la diffusion par WikiLeaks de quelques notes diplomatiques plus croustillantes qu’éclairantes. Dire qu’il a exagéré est un pur euphémisme.

N’importe quel internaute du cyberespace était déjà au courant des sorties intempestives de Nicolas Sarkozy, des goûts particuliers de Silvio Berlusconi, des phobies de Mouammar Kadhafi et des multiples démons de Hamid Karzaï. Le site à «scoops» de Julian Assange a livré quel­ques commérages et ragots de chancelleries américaines, le tout relayé par The New York Times, Le Monde, The Guardian, El Pais et Der Spiegel, médias prestigieux et de qualité.

Le meilleur est à venir, nous dit-on. Soyons patients. Nous n’avons encore rien vu. Quelques centaines de documents seulement ont été dé­cortiqués sur les 250 000 mis­­sives diplomatiques. Ainsi, en janvier, nous saurons tout sur les turpitudes de Wall Street. Très bien, mais au-delà de ces révélations au compte-goutte, il faudrait que les médias qui les distillent (en faisant grimper leurs tirages), creusent davantage pour ne pas être de simples boîtes aux lettres de WikiLeaks.

Ces dernières semaines, le site nous révélait les dessous des guerres en Irak et en Afghanistan en mettant l’accent sur de nombreux cas de torture. Là encore, rien de vraiment nouveau. Il y a quelques jours, le site de Julian Assange nous annonçait ceci : l’Iran, avec son programme nucléaire et ses velléités régionales, inquiète ses voisins arabes. «Coupez la tê­te du serpent!» aurait dit le roi Abdallah d’Arabie saoudite. Israël doit rire tout bas…

À qui profite toutes ces fuites diplomatiques, transmises, dit-on, par Bradley Manning, un jeune militaire américain désÅ“uvré? Qui finance WikiLeaks? Faut-il fermer le site, comme le réclame un éditorialiste du Washington Post? Doit-on assassiner Julian Assange, comme l’a affirmé Tom Flanagan, l’ancien chef de cabinet de Stephen Harper? Bien sûr que non, mais …

Au nom du tout-transparent, il y a eu, jusqu’à présent, beaucoup de bruit pour rien. La montagne a accouché de multiples souris. Les masques diplomatiques sont tombés, mais l’opinion publique s’est-elle vraiment émue en étant mise au parfum des dessous de la politique mondiale? Hier encore, on apprenait que des donateurs «privés» d’Arabie saoudite finançaient le terrorisme islamiste. Toujours rien de nouveau sous le soleil. Pour The Economist, WikiLeaks est tout simplement un tabloïd du Net. Sur la blogosphère circule déjà une expression colorée : WikiPschitt.

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