lang="fr-FR" > Pourquoi je ne me sens pas Québécois

Pourquoi je ne me sens pas Québécois

Cela fait 15 ans que j’ai immigré à Montréal, et je me sens très Montréalais. Montréal est ma ville, celle que je connais le mieux, celle où j’ai vécu le plus longtemps. Je m’y suis marié, j’y ai eu un enfant, j’en ai élevé un autre, j’y ai travaillé, acheté une maison et fondé deux entreprises, j’ai écrit des dizaines de textes sur la ville et quelques livres. J’y ai de nombreux amis, des souvenirs, des habitudes. Et surtout, Montréal est une ville où vivent un grand nombre de gens qui  n’y sont pas nés. Il est donc très facile de s’y intégrer parce qu’il n’y a pas de bloc culturel majoritaire.

Être Québécois, c’est autre chose. Je ne me sens pas Québécois parce que je ne sens pas que les Québécois me considèrent comme tel. Il est difficile d’appartenir à un groupe quand les autres membres du groupe vous renvoient l’image d’un étranger. Pour la plupart des Québécois, je suis un Français. À cause de mon accent bien sûr, de ma manière d’être aussi, peut-être. Lorsqu’une serveuse de Charlevoix me parle comme à un touriste et me précise que le pourboire n’est pas inclus dans la facture, je ne me sens pas Québécois. Lorsqu’une infirmière du CLSC me précise qu’il est important de mettre des bottes à mon bébé pour qu’il n’ait pas froid aux pieds en hiver, je ne me sens pas faire partie du groupe. Lorsqu’un vendeur de la SAQ me demande si je sais ce qu’est l’été des Indiens, que dois-je comprendre? Lorsqu’on s’adresse à moi en «perlant» maladroi­te­ment, de peur de faire des fautes de français, comment pourrais-je me sentir sur la même longueur d’onde que mon interlocuteur?

Cela dit, je ne définis pas mon identité par une appartenance nationale. J’ai eu un parcours de vie qui m’a fait vivre des expériences variées, qui m’a fait rencontrer de nombreuses personnes différentes et découvrir plusieurs cultures, et c’est ce parcours qui m’a construit tel que je suis. Ce qui me lie aux lieux, ce sont surtout des personnes, des sensations, des odeurs, des sons, des paysages. Je suis très attaché aux détails de la vie et ces moments privilégiés m’ont été donnés aussi bien en France, au Brésil, en Allemagne ou en Argentine qu’au Québec. Finalement, se sentir Québécois ou pas, ce n’est peut-être pas très important. Même après 15 ans.

– Stéphane Batigne, auteur de Moi, mes amis ont beaucoup voyagé – Entretiens sur l’exil et le voyage

Articles récents du même sujet

Exit mobile version