Deux présidents, deux premiers ministres, deux gouvernements et bientôt deux pays? Depuis deux semaines, la Côte d’Ivoire, poumon économique de l’Afrique francophone, voit double. Qui, de Laurent Gbagbo ou d’Alassane Ouattara, partira le premier pour éviter une guerre civile?
Gbagbo s’accroche à son fauteuil présidentiel malgré les hauts cris d’une grande partie des 21 millions d’Ivoiriens et de toute la communauté internationale. En 2007, Mwai Kibaki, au Kenya, avait lui aussi été déclaré vainqueur, mais sa victoire avait été contestée par son rival. Même scénario l’année suivante au Zimbabwe, où l’éternel Robert Mugabe nia avoir perdu. Les deux finirent par «partager» le pouvoir avec leur adversaire respectif. Le scénario ne sera pas le même en Côte d’Ivoire.
Ce sera Gbagbo ou Ouattara. La guerre des nerfs entre les deux ne peut s’éterniser. L’un d’eux finira par céder. Celui qui refuse de quitter le palais présidentiel affirme que, si le prétendant au trône veut sa place, «il faudra d’abord qu’il me passe sur le corps!» (Jeune Afrique du 18 décembre) À moins que… Acculé au pied du mur, Gbagbo, au pouvoir depuis 10 ans, chercherait à gagner du temps en négociant les modalités de sa retraite. En clair, un pont en or pour partir la tête haute avec ses proches. C’est presque la coutume politique en Afrique qui, selon Jacques Chirac, «n’est pas mûre pour la démocratie». Cette déclaration de l’ex-président français, faite en 1990 alors qu’il était encore maire de Paris, ressort à chaque fois que le verdict des urnes est foulé aux pieds.
Pour l’instant, l’armée reste fidèle à Gbagbo. Il peut se permettre de garder le sourire. S’il continue à «résister», à faire le dos rond, la communauté internationale finira peut-être par se lasser de la crise ivoirienne. Mais voilà, cette dernière perdrait la face, après avoir été fermement derrière Ouattara. À moins que…
Ce dernier, retranché dans un chic hôtel d’Abidjan, pourrait finir par baisser les bras et partir pour ne pas plonger dans le chaos le premier producteur de cacao au monde. Fort improbable, car il se couvrirait de ridicule. Gbagbo et Ouattara ont de gros ego. Ce sont deux éléphants politiques. Chacun, à sa manière, domine le paysage de la Côte d’Ivoire, un pays cassé en deux: le sud, chrétien et animiste, en grande partie acquis au premier; le nord, musulman et fief du second.
Depuis la mort, en 1993, de son premier président, Félix Houphouët-Boigny, la Côte d’Ivoire claudique politiquement. Elle a voté en paix le 28 novembre. Mais, il y a encore un président de trop.