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Une révolution via Twitter

Les régimes forts, musclés, dictatoriaux doivent pester et exécrer les nouvelles technologies. Il n’y a pas si longtemps, ils pouvaient écraser la moindre révolte, sans témoins. Loin des yeux, loin des médias traditionnels. Ce «temps béni» est bel et bien enterré. La Tunisie vient de le prouver avec éclat.

La jeunesse du plus petit État du Maghreb (10,5 millions d’habitants) a su utiliser les images du cellulaire, d’YouTube et de Dailymotion, les messages de Facebook et de Twitter pour permettre au monde entier d’être les spectateurs de leur colère contre Zine el Abidine Ben Ali, leur président depuis septembre 1987, désormais en exil en Arabie saoudite.

Contrairement aux Iraniens, il y a deux ans, ils ont réussi leur révolution. Dans le monde arabe, c’est une première. Il faut dire que la Tunisie est en tête des pays africains et arabes pour l’utilisation des nouvelles technologies. Deux millions de Tunisiens auraient un compte Facebook.

Mais, si  le «virus de la liberté», disséminé dans le cyberespace, n’a pas mordu la poussière, c’est surtout parce que l’armée a fini par refuser de tirer sur la foule. Les heures de Ben Ali étaient alors comptées. Quelles seront celles de la Tunisie après son soudain départ? Nul ne le sait. Mais, ce qui s’est passé fait mentir une certaine opinion occidentale voulant que les «Arabes ne soient pas mûrs pour la démocratie».

Désormais, tout est possible avec une plus grande dissémination des nouvelles communications. Si Twitter et Facebook ne remplacent pas les fourches pour prendre les Bastilles théocratiques, ces réseaux sociaux deviennent de formidables caisses de résonance de la colère des peuples. Ils permettent aussi de contourner toutes les censures. «Leur plus grand impact a été de sortir de l’information de Tunisie, dans un pays où les médias traditionnels étaient muselés et Internet censuré», rappelle, dans un courriel, Jillian York, chercheuse à Harvard.

Depuis vendredi, les régimes autocratiques arabes craignent de voir l’exemple tunisien faire tache d’huile. Dictatures laïques, pour la plupart, elles clament être des remparts au terrorisme islamiste pour mieux bénéficier du soutien occidental. La Tunisie avait aussi cette prétention…

On est cependant encore loin de voir ces régimes se changer en châteaux de sable, balayés les uns après les au­tres par des vagues de contestation, comme ce fut le cas dans bon nombre de pays du bloc soviétique après la chute du mur de Berlin en 1989. Le changement de siècle dans la région n’est peut-être pas pour demain, mais la révolution Twitter a commencé.

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