Frisant les 1,25 $ le litre, le prix de l’essence à la pompe connaît une hausse qui survient dans un contexte où s’intensifient les discussions sur le financement et l’organisation du transport collectif. Cette hausse, qui ne sera pas la dernière, devrait nous convaincre d’accélérer le pas dans la recherche de solutions pour réduire notre dépendance au pétrole. Premier produit d’importation et premier responsable de notre déficit commercial, le pétrole nous coûte
collectivement près de 15 G$ par an au Québec. Le verdict est sans appel : notre principal vecteur d’enrichissement collectif résidera dans notre capacité à utiliser l’énergie à bon escient, que ce soit pour nos procédés industriels ou pour la mobilité des hommes et des biens.
Or, le Québec a tout ce qu’il faut pour relever les défis que lui présente la conjoncture énergétique mondiale. L’économie québécoise peut compter sur un immense potentiel d’énergie renouvelable (hydroélectricité, énergie éolienne, biomasse, etc.), sur des compétences et des ressources technologiques enviables et sur une structure industrielle capable d’innover.
Il incombe aux déciÂdeurs de faire converger ces principaux vecteurs de développement vers la création de richesse, et c’est en matière de transÂport et de mobilité durable que se présentent d’ores et déjà les premiers rendez-vous. C’est ce dont font état deux études publiées récemment par le Réseau des ingénieurs du Québec (RéseauIQ) et l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).
S’appuyant sur le portefeuille technologique québécois et sur l’avantage que nous confère l’hydroélectricité, le RéseauIQ s’exprime en faveur de la mise en Å“uvre d’une stratégie québécoise de la mobilité durable soutenant deux axes éminemment stratégiques. Convaincu que le niveau d’intervention du gouvernement doit augmenter, il met ainsi de l’avant l’importance de réduire l’empreinte carbone et la dépendance au pétrole du transport d’une part, et de soutenir l’industrie québécoise des véhicules à motorisation électrique d’autre part.
L’IREC propose de faire de la réorganisation des infrastructures de transport la pierre angulaire d’une stratégie d’indépendance énergétique qui combinerait reconversion industrielle et structuration de l’espace économique par un réseau de transport collectif électrifié desservant l’ensemble du territoire. Les chercheurs de l’IREC ont évalué qu’ensemble, ces projets représentent un potentiel de retombées économiques directes et indirectes s’élevant à la création de près de 140 000 emplois et à une valeur ajoutée totale de 11,9 G$!
L’économie québécoise sera métamorphosée par les retombées d’une grande corvée transport. Le choix de la mobilité durable s’ouvre sur un grand projet rassembleur. Nous avons ce qu’il faut pour nous affranchir du pétrole, et surtout, pour le faire en nous donnant une base industrielle renouvelée et forte de sa capacité d’innovation technologique.
Un colloque qui se tiendra le 20 janvier prochain, organisé conjointement par le RéseauIQ et l’IREC avec le soutien des syndicats d’Hydro-Québec, fournira l’occasion de poser quelques jalons.
La mobilité durable et l’économie de l’innovation passent par une grande corvée transport!
– Robert Laplante, directeur général de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IReC), Yves Lavoie, président du Réseau des ingénieurs du Québec (RéseauIQ)