Selon les estimations gouvernementales, 150 00 personnes auraient contracté le choléra en Haïti, mais les experts croient que le nombre réel est beaucoup plus élevé. Métro a visité une des cliniques qui ont été mises en place à Port-au-Prince.
Haïti. En quelques heures, le choléra peut dramatiquement affaiblir la personne qui en est atteinte. La bactérie draine tous les fluides du corps, et les malades peuvent perdre jusqu’à 10 litres d’eau en quelques heures à cause de la diarrhée et des vomissements. Cette déshydratation nécessite des traitements immédiats. «J’ai vu plusieurs personnes amener des membres de leur famille sur leur dos», explique Heike Haunstetter, médecin suédoise travaillant dans une des 10 cliniques de choléra que Médecins sans frontières a mises en place à Port-au-Prince en octobre.
Tous les jours, la Dre HaunsÂ- tetter soigne plusieurs Haïtiens de Martissant, un taudis de la ville. Dans ce secteur, on vend de la nourriture à côté de piles de déchets. «Vous comprenez qu’une épidémie peut devenir explosive ici», affirme cette femme, qui est dans la capitale haïtienne depuis le début de décembre.
La clinique visitée par Métro consiste en six grandes tentes blanches. Dans la première, les médecins évaluent la condition des patients. Si une personne n’est pas encore très malade, elle y reste. Les patients s’assoient alors sur une chaise percée sous laquelel on a glissé un seau. On leur donne une solution nutritive jusqu’à ce qu’ils se sentent mieux. «C’est très simple de soigner le choléra, avance la Dre Haunstetter. Il suffit d’hydrater le corps.» Malheureusement, plusieurs Haïtiens craignent la maladie et craignent aussi les traitements qui y sont reliés. Avant le début de l’épidémie en octobre, le choléra était inconnu ici. Depuis, les autorités évaluent que 3 500 personnes sont mortes, mais les médecins croient que ce nombre serait plus élevé.
Ceux qui ont attendu trop longtemps avant d’obtenir des soins et qui sont très touchés par la maladie sont placés dans les autres tentes. «Quand ils arrivent, leur pouls est indétectable. Leur peau et leurs yeux sont creux, ce qui démontre qu’ils sont déshydratés. On leur donne deux litres de solution saline par intraveineuse en 30 miÂnutes, jusqu’à ce qu’on sente le pouls à nouveau», explique Heike Haunstetter, en montrant en exemple un homme qu’on vient d’installer sur un lit temporaire muni d’un trou pour les excréments.
«Au début, il faut presser fermement le sac de soluté, avec les deux mains», dit-elle en s’exécutant. L’homme gémit. «Nous avons reçu des patients qui avaient perdu 20 litres d’eau, poursuit la médecin. Le traitement est alors plus long. En deux heures habituellement, ils peuvent s’asseoir et boire d’eux-mêmes.» On le constate en visitant la clinique. Peu après son arrivée, l’homme soigné plus tôt était assis, un verre dans une main et son cellulaire dans l’autre!
Autour de la clinique, les mesures d’hygiène sont prises très au sérieux. À l’entrée et à la sortie, on lave les mains et les semelles. Le choléra est une maladie très contagieuse. Mais en adoptant une bonne hygiène et en buvant de l’eau potable, il est facile de rester en santé. Sauf qu’ici, l’eau potable est une denrée rare. Une des six tentes est réservée aux enfants. La petite Monique, 9 ans, y est alitée depuis deux jours. «Elle va mieux», assure Ive Rose, qui n’est pas sa mère, mais qui s’occupe d’elle.
Médecins sans frontières a traité de nombreux enfants en bas âge depuis octobre. C’est que laa maladie touche plus durement les enfants, surtout s’ils sont mal nourris. Dans de telles conditions, il est difficile de dire si l’épidémie tire à sa fin. «Il y a deux semaines, il y a eu de fortes pluies, et les routes ont été submergées. Deux jours plus tard, nous recevions trois fois plus de patients», indique Heike Haunstetter. «Ce n’est pas encore le temps de penser à l’avenir, poursuit-elle, mais il faut tout de même former le personnel haïtien puisqu’il y a fort à parier que le choléra demeurera sur l’île d’Haïti.»
D’où vient le choléra?
Comment le choléra est-il parvenu jusqu’en Haïti, une île qui n’était jusqu’alors pas touchée par la maladie? C’est ce que plusieurs se demandent. L’épidémie a débuté à quelques kilomètres de Port-au-Prince, et on a d’abord parlé du fleuve Artibonite comme de la source du problème. Mais en novembre, des soldats de l’ONU venant du Népal ont été montrés du doigt. La bactériea été étudiée par les US Centers for Disease Control and Prevention, qui confirmeraient que la maladie provient d’Asie. Au Népal, le choléra est une maladie endémique, c’est donc dire qu’elle est rattachée de façon quasi permaÂnente à la région.
L’hypothèse des soldats népalais, qui a été confirÂmée par des diplomates, a soulevé l’ire des Haïtiens, d’autant plus que leurs relations avec les soldats de l’ONU sont plutôt tendues. Médecins sans frontièÂres croit qu’il n’est pas important de connaître la source de la maladie. Selon l’ONG, il faut plutôt agir et soigner les malades.
L’état des choses
- Le premier cas de choléra a été constaté le 19 octobre, dans un village situé à 30 km de Port-au-Prince.
- 3 500 Haïtiens sont morts de la maladie et environ 150 000 autres l’ont contractée, selon les autorités haïtiennes.
- Seulement 25 % des personnes infectées développent des symptômes, mais les autres peuvent quand même transmettre la maladie.
- Médecins sans frontières garde les malades pendant deux jours avant de leur donner leur congé.
- Quand une personne meurt du choléra, il faut être très prudent avec le corps, puisque les fluides demeurent très contagieux.
- L’équipe de Médecins sans frontières compte 5 500 personnes sur le terrain, dont 90 % d’Haïtiens.