Dix ans après leur arrivée, les quotidiens gratuits se sont taillé une place à Montréal. Chaque jour, ils sont lus par des milliers d’usagers du transport en commun et d’autres curieux. «Les deux titres montréalais se sont beaucoup améliorés depuis 2001, constate le secrétaire général du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, Daniel Giroux. Le nombre de pages a augmenté, y compris le nombre de pages consacrées à de l’information. Ils sont plus complets qu’ils ne l’étaient au début. Donc, ils sont de plus en plus redoutables pour les quotidiens payants qui, eux, continuent à vendre leurs exemplaires.»
Malgré les progrès qu’ils ont réalisés, les quotidiens gratuits offrent encore aujourd’hui une information limitée, croit M. Giroux. «On y apprend les principales nouvelles, mais on ne va pas dans les détails, dit-il. Au niveau du débat public, c’est un soutien très minimal. Il n’est pas comparable à celui qu’on peut retrouver dans les quotidiens payants, qui offrent des articles plus longs sur des points de vue différents.»
En voulant faire plus avec moins, les quotidiens gratuits ont aussi contribué avec internet à un courant d’agrégation de nouvelles. «L’information est tellement partout qu’on peut la résumer, la remâcher et choisir celle qu’il faut pour une clientèle spécifique, explique le secrétaire général de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Claude Robillard. Métro a un peu ce rôle de faire des choix dans une actualité qui est énorme.»
Bien que l’information transmise par les quotidiens gratuits soit restreinte, le journaliste du Devoir et chargé de cours à l’Université de Montréal Jean-Claude Leclerc n’est pas prêt à les condamner. «S’il fallait condamner Métro, il faudrait en condamner un certain nombre d’autres, à commencer par les hebdos, dit-il. De façon générale, les hebdos sont de grands collecteurs d’annonces et de petit distributeurs d’information.»
M. Leclerc, qui souligne auprès de ses étudiants l’importance des médias gratuits, voit dans le journal Métro et le 24 heures des sources d’information appelées à être complétées par d’autres médias. «Ceux qui prennent le métro, ce ne sont pas les gens les plus riches, a expliqué M. Leclerc. Ce sont des jeunes, des femmes et des immigrants. J’ai constaté que ces gens lisaient très attentivement [les quotidiens gratuits]. C’était pour eux l’école où ils allaient apprendre à lire un quotidien.»
Néanmoins, au-delà de 60 % des lecteurs des gratuits détiennent au moins un diplôme d’études collégiales. «J’ai compris aussi que Gesca, qui avait investi dans Métro comme Transcontinental, y voyait une manière de recruter des lecteurs pour La Presse», a ajouté le journaliste du Devoir.
Évolution des salles de presse
- À leurs débuts, les équipes de rédaction des deux quotidiens gratuits étaient très restreintes. Métro ne comptait que deux chefs de pupitre, cinq journalistes-pupitreurs et trois reporters, alors que le Montréal métropolitain n’avait à son service que trois journalistes.
- Aujourd’hui, le 24 heures peut compter sur une trentaine de journalistes, de pupitreurs et de photographes qui cherchent les nouvelles, contre une vingtaine pour le journal Métro.
- Chacun des quotidiens gratuits s’appuie aussi sur une agence de presse privée mise sur pied par les empires médiatiques qui les détiennent, soit l’agence QMI pour le 24 heures et Metro World News pour le journal Métro.