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La Suisse n'est plus la tirelire des dictateurs

La Suisse a gelé jeudi les avoirs de Mouammar Kadhafi. Les fortunes volées par les ex-autocrates tunisien et égyptien, Zine el-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, et par l’ex-dictateur haïtien, Bébé Doc, sont aussi bloquées. Amasser un trésor en secret devient plus difficile pour les dictateurs contemporains.

En février, les auto­rités suisses ont ordonné à leurs banques de geler les avoirs de Mouammar Kadhafi, d’Hosni Moubarak, de Zine el-Abidine Ben Ali et des membres de leurs familles. C’est une très mauvaise nouvelle pour les dictateurs du monde entier, y compris pour ceux qui sévissent encore au pouvoir.

Le 1er février, l’entrée en vigueur d’une loi suisse permet aux autorités de geler les avoirs des ex-dictateurs des pays défaillants. Sa première application concerne le gel de 5,8 M$ appartenant à Jean-Claude Duvalier, l’ex-dictateur haïtien.  «Les gouvernements occidentaux subissent la pression de l’opinion publique pour révéler l’enrichissement personnel des dictateurs et de leur famille, dit Christopher Davidson, professeur assistant en Affaires  internationales à l’Université Dur­ham, en Angle­terre. La Suisse n’est plus le paradis pour
dictateurs qu’elle était.»

En réalité, la «loi Duvalier» s’applique uniquement au cas d’États si faibles qu’ils ne peuvent demander eux-mêmes le gel des avoirs de leur ex-leader. Comme par le passé, les autorités de pays relativement stables comme la Tunisie et l’Égypte peuvent toujours demander la restitution de fortunes amassées illégalement. «Cette loi détournerait certains dictateurs de la Suisse, dit Fred Abrams, un avocat de New York. Mais les avoirs illégaux peuvent encore être facilement cachés là-bas ou partout ailleurs.» M. Abrams écrit le blogue assetsearchblog.com.

Cette semaine, l’Égypte a demandé aux pays étrangers de geler la fortune de Moubarak et de sa femme, ainsi que celle de leurs enfants et de leurs épouses. Évidemment, les dictateurs prennent peur. «Les paradis bancaires sont sous surveillance, explique Theodore Karasik, directeur du centre de recherche INEGMA, basé à Dubaï. Dans le passé, des dictateurs comme Manuel Noriega se sauvaient juste avec leur argent volé, mais ce n’est plus si simple. L’argent des dictateurs n’est plus à l’abri nulle part, sauf si ces derniers le cachent soigneusement.»

Récemment, ces fonds dé­tournés prennent le chemin du Golfe. Même si le blanchiment d’argent est officiellement interdit à Dubaï, de somptueuses villas s’y érigent, payées par des fonds douteux. La rumeur veut que Mouba­rak serait là. «La région du Golfe, surtout Dubaï, devient le dernier sanctuaire pour dictateur, note M. Davidson. Et c’est une bonne chose pour l’Europe et l’Occident.»

Gestion «à la Kadhafi»
Aucun dictateur ne fait étalage de sa richesse comme Mouammar Kadhafi. Celui que Ronald Reagan appelait «le chien fou du Moyen-Orient» dépense fièrement les revenus pétroliers de la Libye dans des hôtels de luxe, des autoroutes ou encore un port gigantesque. Selon les estimations, le Guide suprême a investi entre 250 et 1 000 G$ dans ces grands projets nationaux. Kadhafi fait aussi des inves­tissements plus personnels.

En 2004, il a essayé de s’offrir Crystal Palace, une équipe de la première division de la Ligue anglaise; plus tard, il a acheté des actions de la   Juventus de Turin, la Vieille Dame du football italien. WikiLeaks a révélé que les Américains décrivent l’homme de 68 ans comme un dirigeant extrême­ment vaniteux, possédant deux tailleurs personnels, qui lui confectionnent des habits de style africain.

Exil doré en Arabie saoudite
Fuite. Avant, les anciens dictateurs terminaient confortablement leurs jours à Paris ou à Londres, mais aujourd’hui pour certains, l’Arabie saoudite est la seule option. Après le refus de la France, son plus proche allié, l’autocrate tunisien Zine el-Abidine Ben Ali a atterri en Arabie saoudite. Idi Amin, le dictateur de l’Ouganda, y a aussi terminé sa vie. Nawaz Sharif, le premier ministre du Pakistan renversé par Pervez Musharraf, y a trouvé un refuge temporaire. 

«Comme Dubaï, Riyad ac­cueille les leaders étrangers pour des raisons humanitaires, note Theodore Karisik. Par contre, l’hospitalité saoudienne a un prix : pas d’acti-vités politiques pour les exilés.»

Dans le cas de Ben Ali, cela l’oblige à se conformer à un islam très rigoriste qui règne dans le Royaume, lui qui combattait les islamistes en Tunisie.

Lire aussi la liste des dictateurs et leurs fonds gelés en Suisse et l’article «Les Britanniques sont meilleurs que les Suisses».

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