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Japon: séisme économique

Il y a eu le lundi 14 février, date à laquelle les statistiques confirmaient ceci : la Chine est bel et bien la deuxième puissance économique mondiale. Le Japon occupait fièrement ce rang depuis 1968. Il y a désormais le vendredi 11 mars, avec son séisme monstre doublé d’un tsunami dévastateur. Une mauvaise nouvelle n’attend décidément pas l’autre.

Quand l’Empire du milieu a officiellement déclassé le Pays du soleil levant, ce dernier a rappelé haut et fort que son PIB (produit intérieur brut) par habitant restait 10 fois supérieur à celui du pays le plus peuplé de la planète. On se console comme on peut.

À présent, le tremblement de terre d’il y a trois jours va enrayer la timide reprise économique nipponne des derniers mois et replonger sans doute le pays dans la récession. La magnitude du tremblement économique pourrait être plus dévastatrice que celle de Kobé, en 1995. Ce port industriel avait subi des dégâts estimés à 100 G$. Mais ses activités ne représentent que 4 % du PIB japonais, 10 fois moins que la région de Tokyo touchée par le séisme de vendredi, qui a surtout frappé le nord-est du pays.

Certes, après chaque catastrophe naturelle, il faut rebâtir. L’économie finit alors par rebondir. Cette fois, cependant, la reconstruction va creuser la dette abyssale du Japon, estimée à 200 % de son PIB. Les finances publiques se sont nettement détériorées depuis Kobé et emprunter ne sera pas une mince affaire. Le «miracle japonais», avec son taux de croissance annuel de 10 % et plus, à l’instar de celui de la Chine aujourd’hui, est depuis longtemps chose du passé.

Il y a eu la «décennie perdue» des années 1990, avec l’explosion des bulles bancaires, boursières et immobilières. Puis vinrent la crise économique mondiale et la flambée du yen. Tous les jours, les exportations piquent du nez. Pour une économie tournée vers l’extérieur, c’est la catastrophe.

Autre couac dans «Japan Inc.», Toyota a rappelé l’an dernier des millions de voitures défectueuses. Ironie de l’histoire, la Chine achète à tour de bras biens immobiliers et entreprises au Japon, pays qui l’a en grande partie aidée à décoller économiquement.

La «descente aux enfers» de l’archipel – en déclin démographique – se poursuit même s’il arrive d’une année à l’autre à garder la tête hors de l’eau, grâce à son incroyable capacité de recherche et à son légendaire consensus social. On le voit, le séisme de vendredi tombe mal. Il va lézarder encore davantage l’économie nipponne.

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