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Bush le «tortionnaire»

George Walker Bush est un homme traqué. Pourchassé par les organisations de défense des droits de l’Homme pour avoir donné sa bénédiction à l’usage de la torture pendant son double bail à la Maison-Blanche, l’ancien président n’ose plus voyager à l’étranger pour «éviter les menottes». Pure fiction politique?

Si le 43e président des États-Unis a visité coup sur coup Montréal et Calgary en 2009 sans raser les murs, son voyage à Genève le 12 février a été annulé… pour des raisons de sécurité. L’Organisation mondiale contre la torture (OMT), coalition internationale d’ONG, réclame son arrestation pour crimes contre l’humanité. La Suisse n’a pas d’armée, officiellement du moins, mais elle a une police, efficace. Écroué il y a deux ans pour une vieille affaire de mÅ“urs, le cinéaste franco-polonais Roman Polanski peut en témoigner.

Pour le Center for Constitutional Rights (CCR) de New York, aucun doute n’est permis. «Nous croyons que Bush peut être poursuivi pour torture. La seule question est de savoir quand et où il le sera», rappelle sa porte-parole Alison Roh Park (échange de courriels). «Nous suivrons de près ses voyages.»

Fort bien, mais les chefs d’État à la retraite ne jouissent-ils pas de l’immunité tous azimuts? Pas tout à fait. Il y a eu Augusto Pinochet. Le dictateur chilien n’a-t-il pas été arrêté à Londres en 1998? Oui, mais il est mort paisiblement chez lui, huit ans plus tard à l’âge de 91 ans.

George W. Bush s’est quelque peu tiré une balle dans le pied en admettant, du bout des lèvres il est vrai, avoir donné son feu vert à la technique du waterboarding, le simulacre de noyade employé notamment à Guantanamo. Il en parle dans ses mémoires. C’est d’ailleurs pour mousser les ventes de Decision Points (Instants décisifs) qu’il voulait se rendre à Genève.

Chose certaine, les tribunaux du monde entier hésiteront à faire les premiers pas pour inviter Bush à la barre des témoins si aucune cour américaine n’intente de poursuite contre l’ex-«commander in chief». Un tel scénario est improbable, même si le Congrès des États-Unis a voté en 1996 le War Crimes Act qui permet à tout tribunal de poursuivre n’importe quel citoyen américain ayant enfreint la Convention de Genève contre la torture. La sentence? La prison à vie ou la peine capitale.

George W. Bush peut dormir sur ses deux oreilles dans son ranch du Texas. Aux États-Unis, il ne se retrouvera pas derrière les barreaux. Mais, à l’instar de Henry Kissinger, le controversé secrétaire d’État de Richard Nixon, il hésitera à voyager à l’étranger, lui qui connaissait si peu le monde avant et pendant sa présidence.

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