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Cacao chaos en Côte d'Ivoire

Anthony Ward doit attendre impatiemment l’entrée d’Alassane Ouattara au palais présidentiel d’Abidjan. Le beau-fils du président reconnu par la communauté internationale travaille pour Ward, le «roi du cacao», alias «Chocolate Finger».

En juillet dernier, quatre mois avant le duel à finir entre Ouattara et le président sortant Laurent Gbagbo, Ward avait acheté, d’un seul coup, 240 000 tonnes de cacao. Depuis l’imbroglio présidentiel ivoirien, les sacs de fèves sortent au compte-gouttes de l’ancienne colonie française, ce qui permet à Armajaro, sa société londonienne, d’écouler son stock au prix fort sur le marché international. Raréfier l’offre pour faire grimper les prix est une pratique qui remonte à la nuit des temps, et spéculer sur les matières premières n’a rien d’illégal…

Avant l’offensive des forces de Ouattara la semaine dernière, le prix du cacao avait atteint un sommet en 32 ans. Il ne cesse de chuter depuis que «Gbagbo vit ses derniers jours de chef d’État», pour reprendre les propos d’Alain Juppé, le ministre fran­çais des Affaires étrangères. Ouattara, élu par les urnes a peut-être de bonnes chan­ces de devenir président par les armes.

Anthony Ward enverra alors ses experts évaluer la qualité de la production de cacao ivoirienne, avant qu’elle ne soit de nouveau exportée. À leur tête se trouvera sans doute son directeur africain, Loïc Folloroux, le fils de Dominique Nouvian, la deuxième épouse de Ouattara.

Les forces de ce dernier ont pris la semaine dernière San Pedro, le principal port d’exportation du cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial. Troisième denrée la plus exportée dans le monde avec le café et le sucre, le cacao joue un rôle clef dans la politique ivoirienne. La précieuse fève brune dont ont besoin les chocolatiers pour faire le bonheur de leurs clients a toujours servi de caisse noire au pouvoir, peu importe lequel.

Depuis une dizaine d’années, une partie de la production est écoulée clandestinement pour acheter des armes. Tout le monde le sait en Côte d’Ivoire: l’argent du cacao alimente le conflit politico-militaire entre Gbagbo et Ouattara. Un peu comme les diamants de sang dans les guerres civiles du Liberia et de la Sierra Leone.

Anthony Ward, dit-on, a assez de cacao dans ses poches pour produire au moins cinq milliards de barres de chocolat. Il contrôlerait 15 % des stocks mondiaux. Vrai, faux? Chose certaine, il compte bien faire des affaires d’or dans la Côte d’Ivoire de Ouattara, contrairement au million de petits producteurs de cacao qui n’auront jamais les moyens de faire flamber les prix.

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