J’arrive de Paris en passant par Londres et j’ai découvert l’impensable. Le Canada est à la mode. Oui, vous avez bien lu.
Les pages des revues comme Vogue et Glamour endossent le style «cabane en bois rond». Les Parisiennes se baladent le long du canal Saint-Martin le dimanche après-midi chaussées de mocasÂsins à franges, queue de renard à la sacoche et collier capteur de rêve au cou.
Le célèbre magasin branché Colette vend des couvertures HBC en laine rayée vert, rouge, jaune, noir : souvenir historique de la traite des fourrures. Le centre de design MERCI, dans le Marais, expose des tables en bois flotté rappelant la drave, et les cafés branchés de Nothing Hill utilisent de simples bûches de bois en guise de tabourets. Et c’est sans compter les bottes Kodiak, manteaux Canada Goose et autres accessoires offerts chez Le Baron Sport qui font rage dans les capitales de la mode comme Milan.
Il y a quand même un bon côté à toute cette pacotille, car on semble s’intéresser également à notre culture. Arcade Fire a donné de Montréal l’image d’un endroit où il fait bon vivre. Au palais de Tokyo, le méga musée d’art moderne de Paris, on présente une rétrospective du groupe torontois General Idea, ce qui n’est pas rien. Signalons aussi les sculptures en pierre à savon produites par des Inuits qui sont en aussi grande demande que les polars nordiques.
Les modes suivent des courants difficiles à expliquer. La mode sous sa forme absolue est une question de symboles. Elle identifie le groupe auquel nous appartenons. J’estime que, malgré tout, il faut se réjouir de cet intérêt soudain pour nos emblèmes. Les Parisiens étaient suspendus à mes lèvres quand je leur racontais que le homard est souvent à 6 $ la livre le week-end de Pâques, alors qu’eux payent 50 $. Pour eux, je vis dans un Eldorado. Parfois, on a peut-être besoin du regard d’un étranger pour comprendre ce qui est précieux chez nous. Je suis certaine que la ceinture fléchée réinventée par un jeune designer d’Odanak est sur le point de faire le tour du globe.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.