Égypte: «On a libéré la parole publique», dit le journaliste Robert Solé

Lundi, deux mois jour pour jour après la démission d’Hosni Moubarak, un blogueur égyptien a été con­damné à trois ans de prison pour avoir critiqué l’armée. Des manifestants ont aussi repris l’occupation de la place Tahrir, alors que l’ancien président et ses fils sont convoqués par la justice. Métro a profité du passage au Québec du journaliste d’origine égyptienne et ex-directeur du Monde des livres, Robert Solé, pour faire avec lui le point sur la situation.

Vous étiez au Caire il y a peu de temps : qu’est-ce qui a changé?
Le tourisme a du mal à redémarrer, la croissance économique a baissé et la police, en tant qu’institu­tion, est en pleine déliquescence. On sent son absence. Mais la vie a recommencé, avec des discussions et des débats continuels. On a libéré la parole publique.

Les événements de cette fin de semaine sont-ils le signe d’une fracture entre le peuple et l’armée?
C’est un jeu compliqué. L’armée était l’ossature du régime de Moubarak, mais a été considérée comme une alliée pendant les manifestations. Aujour­d’hui, c’est l’heure de vérité, car, même si elle ne veut pas conserver le pouvoir, l’armée n’accepte pas de tout remettre en question.

Pourquoi le référendum constitutionnel du 19 mars a-t-il été décrié par l’opposition?
Ils ont dit «trop tôt, trop peu». Trop peu parce qu’il ne s’agit de modifier que quel­ques articles de la Constitution, et trop tôt parce que ça ne laisse pas le temps d’organiser et de créer des partis politiques. Or, les seules forces organisées en ce momment sont le parti de Moubarak et les Frères musulmans.

Moubarak et ses fils sont convoqués devant la justice. Un jugement de l’ancien dictateur est-il envisageable?
Le simple fait de manifester pour qu’il soit jugé est en soi inouï. Il y a quelques mois, on n’aurait pas imaginé un ministre en prison! [NDLR, l’ex-ministre de l’Intérieur, Habib Al-Adli] Mais la question est de savoir sur quoi juger Moubarak. Trente années de pouvoir? Je pense qu’on évitera ce procès, mais je ne veux pas faire de prévisions.

Quel danger représentent les Frères musulmans?
Pour eux, les législatives de septembre sont une chance. Mais leur but est l’islamisation de la société, ils ne veulent pas prendre le pouvoir politique.

Les rapports entre les différentes religions ont-ils été modifiés par la révolution?
Pendant ces 18 jours de révolution, on a vu une alliance entre la croix et le croissant, comme l’affirmation d’une union nationale dans un moment d’ivresse. J’ai retrouvé l’Égypte de la tolérance et de la convivialité dont j’ai la nostalgie. Après, on est retombé dans la réalité et les problèmes quotidiens.

Du roman à l’actualité
Le journaliste Robert Solé vient de terminer un ouvrage sur la révolution égyptienne, Le Pharaon renversé – Les 18 jours qui ont changé l’Égypte (Les Arènes), à paraître en France le 5 mai. S’il est au Québec, c’est pour participer au Salon du livre de la capitale, du 13 au 17 avril. Il y présente son dernier roman, Une soirée au Caire (Seuil), qui décrit l’Égypte d’aujourd’hui et celle des années 1950 à travers l’histoire d’une famille chrétienne, d’origine syro-libanaise, qui a fui le pays lors de la crise de Suez, en 1956. Il sera ce soir à 19 h à la librairie Olivieri pour discuter de ce roman.   

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