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De Ben Laden au mollah Omar

Les poches plei­nes de l’argent de l’opium afghan, le mollah Omar s’est payé la meilleure des cachet­tes depuis sa fuite en moto vers le Pakistan il y a bientôt 10 ans. Mais le chef borgne des talibans risque de finir comme Oussama ben Laden, une balle américaine dans la tête enturbannée. À moins que…

Washington pourrait décider de conclure un accord avec les insurgés pour en finir avec une guerre qui tourne en rond et ainsi dire «mission accomplie» avant le retrait graduel de ses troupes jus­qu’en 2014. Le Canada va retirer les siennes cet été, les remplaçant par des instructeurs militaires.

Depuis la mort de Ben Laden, il y a huit jours, l’administration Obama ne cesse de demander aux talibans de rompre avec Al-Qaïda. Ils pourraient le faire, maintenant que le chef spirituel de la nébuleuse islamiste n’est plus. Cela ou­vrirait alors la porte à la formation d’un gouvernement d’«union nationale» qui, sans être moins corrompu, serait au moins plus fort que celui du président Hamid Karzaï.

Dans la guerre asymétrique entre les talibans, dont les véritables armes sont les bombes artisanales, et l’armée la plus puissante du monde, il ne peut y avoir de vainqueur. Mieux vaut donc trouver un terrain d’entente. Pour cela, cependant, le Pakistan, sanctuaire et base de repli des talibans, doit être de la partie et jouer franc-jeu. Il le fera peut-être pour se dédouaner de ne pas avoir su, officiellement, que Ben Laden se trouvait sur son sol.

«Sa mort offre un espace de compromis. Elle pourrait simplifier le retrait américain. Mais Karzaï est trop faible pour survivre à un tel retrait. Il faut donc un accord avec les talibans. Les Pakistanais tiennent à leur in­fluence en Afghanistan et ils pourraient favoriser une telle réconciliation», déclare Gilles Dorronsoro dans une entrevue téléphonique.

Si, pour le chercheur français du Carnegie Endowment for International Peace, un think tank américain, la page afghane ne peut être tournée sans le Pakistan, qu’en est-il du mystérieux mollah Omar, qui aurait eu une crise cardiaque en janvier et se serait fait soigner… à Karachi?

Officiellement, la tête d’Amir-ul-Mumineen Mullah Mohammad est toujours mise à prix. Plus de 10 M$. S’il devait finir comme Ben Laden, avec qui il n’avait pas, semble-t-il, des rapports harmonieux, un accord avec les talibans serait-t-il encore possible? Parfois, il vaut mieux pactiser avec le diable que de s’éterniser dans l’enfer d’une guerre.

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