À la fin de 2010, Santiago Bertolino et Steve Patry ont passé environ deux semaines à Bil’in, un petit village situé près de Ramallah, en Cisjordanie, pour recueillir des témoignages sur la lutte citoyenne qui s’y est développée devant le mur érigé par Israël. Ils en reviennent avec le documentaire Seules, les pierres n’arrêteront pas l’occupation. Entrevue avec les deux cinéastes.
D’où est venue l’idée de produire de ce film?
Santiago Bertolino : On est des cinéastes indépendants, on a envie de couvrir ce qui est relié à la lutte sociale citoyenne, de voir comment la population s’organise, au Québec ou ailleurs dans le monde, quand les citoyens ne se sentent plus écoutés.
Visionner le documentaire Seules, les pierres n’arrêteront pas l’occupation
Qu’avez-vous voulu présenter?
Steve Patry : Nous étions sur place pour assister au Forum mondial sur l’éducation [qui se tenait en octobre 2010 à Ramallah, Haïfa, Gaza, Jérusalem et Beyrouth] avec l’idée de travailler sur le thème «L’éducation sous occupation». Nous voulions peindre l’éducation à travers la vie des jeunes et nous sommes tombés sur cette famille dont le père était emprisonné. Le projet traite donc, d’une façon plus globale, de cette famille d’activistes, du plus jeune au père, en passant par la jeune fille qui est étudiante à l’université.
Ce fut difficile de vous faire accepter par cette famille?
S. B. : Nous avons rencontré des gens du Forum mondial, qui, eux, nous ont mis en contact avec la famille. Le climat de confiance était établi. Ça va plus vite quand on passe par des organismes sociaux. De cette façon, nous sommes tout de suite bien intégrés.
S. P. : Et de jour en jour, ils voyaient que nous revenions. Le climat de confiance s’est établi aussi quand ils ont vu que nous n’étions pas là juste pour prendre une photo puis partir. Nous nous sommes beaucoup investis.
Qu’est-ce qui vous a le plus frappé lors de votre passage dans ce village?
S. B. : Ce qui me frappe chaque fois que je couvre des luttes citoyennes, ce sont ces gens qui devienÂnent militants par la force des choses. Dans ce cas-ci, le père était chauffeur de taxi, la famille avait un lopin de terre. Ce sont des villageois qui menaient une vie simple, mais pour qui la situation est devenue intenable. Ils ont alors décidé d’essayer de changer les choses. Ça fait cinq ou six ans qu’ils luttent au jour le jour et qu’ils n’abandonÂnent pas. Même après toutes ces manifestations qui se tiennent chaque vendredi, on voit leur force et leur ténacité. Ces gens-là ne prennent pas les armes, ils croient à la désobéissance civile pacifique.
S. P : Les images que nous avons habituellement de cette région, ce sont celles de la situation de guerre. On oublie que même si les habitants vivent sous une tension permanente, ils vont à l’école, à l’univerÂsité, ils jouent au football et ils ont une vie ordinaiÂre. Je pensais que ça pourrait être pire, plus misérable. Il y a toujours une pression, une tension qui rappellent l’occupation, mais à Ramallah, par exemple, on peut finir par oublier que c’est une ville occupée.