Bien que cette année encore, le Festival de Cannes, avec son alléchante sélection (The Tree of Life du mythique Terrence Malick, en tête), soit le moment privilégié pour se faire titiller la fibre cinéphilique, il m’est difficile de refouler mon appréhension face au dénoueÂment de cette 64e édition.
Voyez-vous, durant la dernière décennie, la plupart du temps, à l’occasion de la remise de la Palme d’Or, la croisette s’est offert le rôle de tribune politique. En effet, il est presque devenu coutumier qu’un «film politique» remporte les grands honneurs. Le jury s’en donne souvent à cÅ“ur joie dans ce sens, et ce, au détriment de la cause cinématographique.
En 2004, ce fut Fahrenheit 9/11 qui récolta la Palme d’Or, au grand déplaisir de nombreux cinéphiles. Le jury de l’époque, dont près de la moitié étaient de nationalité américaine, a aisément préféré le brûlot anti-Bush de Michael Moore au brillant exercice de style Old Boy. Quentin Tarantino, alors président du jury, avait beau répéter ad nauseam qu’il ne s’agissait pas d’une «palme politique», il ne faisait aucun doute qu’il en était tout autrement et que des considérations politiques et nationalistes étaient à la source de ce choix. Durant les éditions 2006, 2007 et 2008, l’histoire se répéta, et on continua de récompenser des films s’engageant sur le terrain politique et social. Il y eut d’abord Le vent se lève, qui traitait de la guerre d’indépendance irlandaise, ensuite 4 mois, 3 semaines et 2 jours, qui abordait de front la problématique de l’avortement clandestin, et finalement Entre les murs, qui explorait les travers du système scolaire français.
Malgré les nombreuses qualités de ces longs métrages, on observe que le «fond idéologique» est fortement privilégié à la «forme». Sean Penn, président du jury en 2008, ne s’en cache guère : l’acteur-militant a affirmé vertement qu’il souhaitait récompenser un «film politique» avec Entre les murs. Ce qui m’exaspère, c’est que bien avant ses aspirations politiques et sociales, un film doit exister et être reconnu de par sa mise en scène. Le 22 mai prochain, j’espère qu’on récompensera, non pas le meilleur «film politique», mais bien le meilleur «film de cinéma».
– Étienne Boudou-Laforce, Québec