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Pour vivre ici, chez moi

Cette semaine, je suis tombée sur votre article qui disait que les minorités visibles sont sous-représentées dans les services de l’administration de Montréal. La question du profilage racial a été abordée et, bien que j’aie toujours refusé cette version – que je qualifiais de facile et d’adaptable à toutes les sauces –, force m’est de constater que cette hypothèse se concrétise de plus en plus dans ma propre expérience!

J’ai immigré à Montréal en 2004, grâce à un programme de recrutement d’infirmières qui se faisait en Europe. Je suis infir­mière, travailleuse humanitaire depuis 1994. D’origine indienne, j’ai été formée en Afrique centrale. J’ai complété mes études en développement humani­taire et en santé publique dans une université réputée d’Europe. Dès mon arrivée à Montréal, mon diplôme d’infirmière n’a pas été reconnu et au bout de quelques mois, j’ai compris que mon chemin ne serait pas facile. Toutefois, mes diplômes européens me donnaient encore un peu d’espoir.

J’envoie en moyenne de 10 à 15 CV par mois. Je suis rarement convoquée en entrevue et, quand cela arrive, les recruteurs me couvrent de compliments tout en me disant que je suis surqualifiée pour le poste. Ils expriment leur admiration sur mes compétences, mon parcours et mes aptitudes-attitudes, mais ils ne me rappellent jamais! Travailleuse humanitaire appreciée à l’étranger, je vis de stratégies bricolées à Montréal, alors que je parle six langues, que je suis compé­tente et éduquée et que je suis un pur produit de l’interculturalité, ce qui semble être une chose importante au Québec. Je me suis souvent posé ces questions : Est-ce d’avoir un nom musulman? Est-ce parce que je ne réponds à aucun critère ethnique? Est-ce que, tout simple­ment, la différence «illimitée» dérange autant?

Montréal et le Québec sont ma terre d’accueil. Le Canada est le seul pays au monde qui m’ait donné une identité nationale, et je suis très reconnaissante envers la vie, qui m’a permis de venir ici. Mais est-ce au détriment de mes objectifs et ambitions profes­­sion­­nels, au prix de l’ennui et des jours qui s’étirent dans l’attente d’une mission à l’étranger – proposée par des organisations non canadiennes – pour récolter un peu d’argent afin de pouvoir vivre ici, chez moi?

Nous devons être des milliers d’immigrants qui vivent la même chose. Mais voilà mon histoire, celle d’une femme de 42 ans qui voit les années filer sans issue professionnelle dans une ville qu’elle aime tant.

– Tabasum Abdul-Rasul, Montréal

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