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Les klaxons de la colère

Vendredi, jour de prière, plusieurs Saoudiennes prendront le volant pour manifester contre l’interdiction de conduire, en tout temps, une voiture. Elles risquent d’être battues à coups d’iqal, cordon dur servant à maintenir le keffieh sur la tête des hommes. Peu importe, elles feront rugir leurs klaxons dans l’une des sociétés les plus fermées de la planète. L’Arabie saoudite est-elle à un tournant?

Seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire, le royaume wahhabite ne badine pas avec les velléités de dissidence. Pour une femme, conduire  est un acte criminel. Manal Charif, 32 ans, en sait quelque chose. Elle a été arrêtée le mois dernier après avoir mis sur YouTube une vidéo d’elle en train de rouler, en exhortant ses «sœurs» à suivre son exemple le 17 juin.

Mme Charif ne réclame pas le droit de voter. Ni même celui de voyager à l’étranger sans l’autorisation d’un tuteur. Elle veut tout simplement conduire. Comme dans tous les autres pays musulmans. Mais, en Arabie saoudite, l’immobilisme est roi. Il ne risque pas d’y avoir de printemps arabe. D’autant que le roi Abdallah, âgé de 87 ans, est populaire. Il a distribué des milliards de dollars ces derniers mois pour éviter toute explosion sociale dans ce pays de 27 millions d’âmes où les droits des hommes ne sont pas beaucoup plus respectés que ceux des femmes. 

Avec une production pétrolière quotidienne de huit millions de barils, le royaume est assis sur des dunes d’or. S’il peut se permettre d’acheter la paix sociale avec une rente an­nuelle de 200 milliards de pétrodollars, peut-il encore longtemps rester figé dans le temps quand Bahreïn et le Yémen, deux de ses voisins, réclament plus de liberté, moins d’autocratie, de corruption et d’inégalités? Le roi Abdallah – à la santé fragile – est inquiet. Si le monarque, sur le trône depuis 2005, donne son feu vert aux femmes au volant, que réclamera-t-on demain?

Dans une société où 38 % de la population a 14 ans ou moins, mieux vaut ne pas trop bouger. Le gardien de La Mecque et de Médine ne peut se permettre la moindre véritable ouverture sans fissurer tout l’édifice royal soutenu par un clergé rigoriste. Alors pas question de freiner la vente d’iqals devant servir à barrer la route aux quelques Saoudiennes gagnées par la fièvre du volant. Indispensable à l’économie mondiale, l’Arabie saoudite peut rester une société totalement fermée tant que l’or noir circule librement.

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