Quand Colton Rusk, un soldat américain de 20 ans, a été atteint de projectiles tirés par les talibans, son camarade Eli s’est jeté sur lui en attendant l’arrivée des secours. Eli est un labrador retriever et un des 2 700 chiens qui travaillent présentement avec l’armée américaine.
D’autres pays ayant des troupes en Afghanistan emÂploient aussi des chiens. L’un deux – le désormais célèbre Cairo – a aidé les Américains lors de la traque d’Oussama ben Laden. Des centaines d’autres cherchent des bomÂbes et des ennemis en Afghanistan. En fait, les chiens jouent un rôle de plus en plus important dans les conflits du 21e siècle.
«Les chiens militaires ne sont jamais tombés dans l’oubli, affirme Michael Codner, spécialiste de la défense au Royal United Services Institute, un think tank de Londres. Ils sont même devenus plus populaires parce que les explosifs sont partout en Irak et en Afghanistan.»
Plusieurs chiens comme Eli ont débuté leur «carrière» militaire avec Bill Childress, responsable de la Marine Corps Military Working Dog School, en Virginie. «Nous avons 400 chiens dans le
programme présentement, affirme-t-il. Mais ce chiffre auÂgmentera bientôt à 650, parÂce que le général Petraeus veut plus de chiens en Afghanistan. Depuis 2001, le nombre de chiens détecteurs de bombes a quadruplé.»
Durant leurs 14 semaines d’entraînement, les chiens apprennent quelles odeurs ont les explosifs. On leur enseigne aussi comment reÂpérer les ennemis et on les soumet à des simulations pour les familiariser avec le bruit des bombes et des mitraillettes.
Le Pentagone a travaillé fort pour trouver une solution de rechange aux chiens. Depuis 2004, le gouvernement a dépensé 19 G$ pour développer des gadgets permetÂtant de détecter des engins explosifs. Mais ces technologies ne permettent de repérer que 50 % des bombes en Afghanistan, alors que les chiens arrivent à en détecter 80 %. Au DARPA, le centre de recherche du Pentagone, on tente même de créer un nez de chien artificiel. «Les chiens ne remplacent pas la technologie et ils peuvent être imprévisibles, explique Michael Codner. Mais les insurgés fabriquent de nouveaux explosifs tellement rapidement qu’il est impossible de mettre les gadgets à jour. Utiliser des chiens est aussi bien moins cher que de constamment inventer de nouveaux engins.»
Malgré l’intervention d’Eli, le soldat Rusk est mort. Mais quand sa brigade est rentrée aux États-Unis, elle a offert Eli à la famille de leur compagnon. «Je sais que Colton a donné beaucoup d’amour à son chien. C’est pourquoi il est si affectueux, a raconté Kathy, la mère de Colton lors d’une cérémonie. Il fait maintenant partie de la famille.»
Vétérinaire de guerre
Lors d’une journée type, le Dr James Burroughs traite une douzaine de chiens au camp de Leatherneck, en Afghanistan. «Les chiens sont d’abord soignés sur place, puis on les amène ici, explique-t-il. HabiÂtuellement, ils ont des os brisés ou des blessures musculaires.» Les hôpitaux conventionnels aident égaleÂment, en pratiquant des radiographies sur les animaux par exemple. «Ça égaye la journée des soldats blessés quand un chien arrive à l’hôpital, explique le sergent Adelyn Perez. Les soldats sont très attachés à leurs chiens. Ils sont très touchés quand ils doivent être soignés.» Les chiens gravement blessés sont acheminés à l’hôpital militaire américain en Allemagne.
Chaque bête reste avec son maître-chien pour la durée du déploiement. Les vétérinaires de guerre procèdent à de nombreux examens sur les bêtes et s’attardent à leur santé mentale. «Le trouble de stress post-traumatique chez les chiens est quelque chose de nouveau pour nous», explique le Dr Burroughs. Mais la plupart des chiens ne se plaignent pas, ils veulent reprendre leur mission.»
Le meilleur ami du soldat
Ron Aiello, Président de l’Association américaine des chiens de guerre et maître-chien pendant la guerre du Viêtnam
Être maître-chien donne beaucoup de confiance en soi. Mon chien Stormy et moi surveillions les tireurs isolés et les traquenards, mais je n’étais jamais inquiet, parce que j’avais pleinement confiance en Stormy. Les chiens de guerre sont aussi des thérapeutes. Vous pouvez parler à votre chien comme à une personne et même lui dire des choses que vous ne diriez pas aux autres soldats! La chose la plus difficile au Viêtnam était de préparer des embuscades pendant la nuit.
C’était difficile d’y voir quelque chose. C’était dangereux. Avant de sortir, je m’assoyais avec Stormy pendant une heure pour lui parler. Les chiens sont dans l’armée depuis longtemps, mais la traque de Ben Laden les a ramenés au goût du jour. On voit que le chien est plus efficace que les machines. Les machines pour détecter les bombes ne sont pas fiables une fois sur deux. Les chiens se déplacent d’eux-mêmes et peuvent trouver des bombes en quelques secondes. Ils peuvent aussi jouer les détectives, en écoutant les instructions de leur maître à l’aide d’oreilÂlettes et en ramenant des images grâce à une caméra attachée sur leur dos. Quand on peut avoir un chien, qui voudrait d’une machine?
Le saviez-vous?
- Les médias ont rapporté que Cairo, le chien qui a mené les Américains à Ben Laden, avait des dents en titane, ce qui le rendait plus féroce. En fait, Cairo a perdu ses dents il y a longtemps. Le titane sert à fabriquer l’équivalent d’une couronne pour les chiens. Ses dents de titane sont moins fortes que l’étaient ses vraies dents.
- Adolf Hitler souhaitait que les chiens soient l’arme secrète de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. L’historien Jan Bondeson a trouvé des documents d’une école de langue animale nazie, où on apprenait aux chiens à «parler». Ces derniers pouvaient épeler des mots en jappant ou en tapant de la patte un certain nombre de fois. Ses recherches font l’objet d’un nouveau livre : Amazing Dogs: A Cabinet of Canine Curiosities.