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Tu seras président, mon fils!

Assurer l’avenir de sa progéniture est une noble cause. C’est ce que se disent plusieurs présidents africains ayant un sens de la famille particulièrement prononcé. Hosni Moubarak rêvait de voir son fils Gamal lui succéder, mais les Égyptiens en ont décidé autrement. Abdoulaye Wade aurait lui aussi aimé que Karim occupe son fauteuil présidentiel. Mais…

Les Sénégalais sont massivement descendus dans la rue la semaine dernière pour empêcher que leur pays, l’une des rares dé-mocraties d’Afrique, se transforme en «démocratie familiale». L’ex-colonie française n’a jamais connu de coup d’État, ses médias sont plutôt libres, et le multipar­tisme y fonctionne mieux qu’ailleurs sur le continent. Le Sénégal est d’ailleurs la vitrine démocratique de l’Afrique francophone.

Au pouvoir depuis 11 ans, Wade, 85 ans, est candidat à sa propre succession. Il n’est pas sûr de remporter l’élection présidentielle, l’an prochain. Alors, il a proposé de réviser la Constitution pour élire d’un seul coup, au premier tour, un président et un vice-président avec non pas 50 % des suffrages exprimés, mais la moitié (25%). Son fils Karim, qui occupe actuellement quatre ministères, aurait été son colistier. La dynastie familiale était ainsi assurée.

Pour contrer ce hold-up électoral, les Sénégalais ont manifesté par milliers jeudi dernier. Le vieux président a vite compris. Il n’y aura pas de monarchie présidentielle, comme c’est le cas en République démocratique du Congo (ex-Zaïre), au Togo et au Gabon. Dans ces trois pays, le fils a remplacé le père au palais présidentiel, comme en Syrie et en Corée du Nord.

Quand les présidents sortants africains décident de tenir des élections, ce n’est pas pour les perdre. La longévité est signe de stabilité et pour l’assurer, la fraude électorale est souvent au rendez-vous. Qu’il y ait des présidents, à l’instar d’Abdoulaye Wade, soucieux d’avoir un dauphin naturel ne doit pas surprendre.

Malgré tout, la démocratie prend racine en Afrique, en dépit d’une décolonisation tardive, d’un taux d’analpha­bétisme plus élevé que partout ailleurs dans le mon­de et surtout de présidents à vie soutenus par l’Occident au nom d’intérêts multiples.

Une vingtaine d’États peuvent être considérés comme démocratiques sur les 53 que compte l’Afrique. Au cours des prochains mois, une di­zaine de pays ont rendez-vous avec leurs électeurs. La Tunisie et l’Égypte seront sous les feux médiatiques. Jacques Chirac avait finalement tort de dire que la démocratie était un luxe pour l’Afrique.

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