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Famine somalienne et disette médiatique

La Somalie nourrit bien l’ogre médiatique généralement affamé de nouvelles en plein été, véritable saison morte où il faut souvent chercher ailleurs ce qui manque sur place au menu quotidien. Que la vie de plusieurs millions de personnes soit menacée par la sécheresse est en soi tragique, mais dans la dramaturgie des médias occidentaux, cela ne mérite pas automatiquement la une.

Certes, depuis quelques jours, la Somalie occupe un certain espace dans le flot quotidien des nouvelles. Les images poignantes d’enfants décharnés, de mères éplorées et de camps de réfugiés surpeuplés foisonnent. L’ONU a sonné le tocsin de la famine, les ONG sont sur un pied d’alerte. La mobilisation est générale. En fait, l’alerte avait été donnée dès avril.

Il y a quatre mois, les médias étaient repus. Il y avait les printemps arabes, les retombées du désastre nucléaire nippon et, au Cana­da, la campagne électorale fédérale. Pendant ce temps, un peu plus de 200 Somaliens mouraient déjà de faim toutes les 24 heures à cause de la plus sévère sécheresse en 60 ans. Leur pays ne retenait cependant l’attention qu’à travers les attaques de ses pirates contre des navires occidentaux.

Comme tous les ans, l’arrivée de l’été marqua le début de la disette médiatique sur tous les fronts. Toutes les salles de rédaction se ressemblent : que mettre en manchette quand il ne se passe pas grand-chose, qu’il n’y a pas de breaking news? C’est là que la famine dans la Corne de l’Afrique entre en scène… et «sauve» bon nombre de médias. Cela ne durera pas. Il faudra des rebondissements. Sans nouveauté et surtout sans images, le sujet (au départ peu «vendeur») regagnera vite la rivière des brèves.

Il faudra peut-être une image aussi forte et emblématique que celle du vautour immobile à quelques mètres d’un enfant soudanais en train de mourir de faim en 1993. Le cliché valut un Pulitzer au Sud-Africain Kevin Carter.

Un an plus tôt, de quatre à cinq millions de Somaliens, étaient déjà menacés par la famine. Aux États-Unis, sur les trois grands réseaux (CBS, NBC, ABC), ils eurent droit à une dizaine de minutes de couverture de janvier à juin 1992. Ce n’est qu’avec le pont aérien alimentaire américain que la machine médiatique se mit véritablement en marche. Caméras et envoyés spéciaux finirent par faire réagir l’opinion publique.

Le même scénario risque de se produire cette année dans tous les médias occidentaux. Mais attention, l’été tire déjà à sa fin.

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