Qu’ont en commun le plongeur américain Greg Louganis, le joueur de rugby gallois Gareth Thomas, le nageur canadien Mark Tewksbury et le footballeur américain Esera Tuaolo? Ils ont tous brillé dans leur sport respectif tout en cachant longtemps leur homosexualité. Bien que, depuis plusieurs anÂÂnées, de plus en plus de sportifs de haut niveau sortent du placard, être un athlète homosexuel, surtout dans un sport d’équipe, est encore tabou. Métro s’est entretenu avec Cyd Zeigler Jr, coÂÂ-fondateur du site Outsports.com, un site de nouvelles qui se concentre sur l’homosexualité dans les sports.
Pourquoi avoir créé le site Outsports.com?
En 1999, presque personne ne parlait de l’homosexualité dans les sports. Mon associé et moi sommes des amateurs de sports et d’anciens athlètes, comme plusieurs gais, et nous sentions qu’il y avait une certaine demande [pour ce genre d’information] dans la communauté gaie et lesbienne.
Le site existe depuis 10 ans. Qu’est-ce qui s’est passé pendant tout ce temps?
Il y a 10 ans, personne n’en parlait, alors qu’auÂjourÂÂd’hui, c’est tout le contraire. ESPN, Sports Illustrated, les chaînes de nouvelles, les sites internet : tout le monde semble fasciné par l’homosexualité dans les sports. Juste la semaine passée, [le joueur des Cowboys de Dallas dans la NFL] Michael Irvin faisait la une du magazine gai Out en parlant de son frère homosexuel. Ça a fait un tabac aux États-Unis.
Pourquoi cela fascine-t-il les gens?
Aux États-Unis, les gens sont de plus en plus intéressés à parler d’homosexualité. Au Canada, vous avez eu ce débat il y a longtemps déjà, mais la société américaine est présentement en plein débat politique sur les relations homoÂsexuelles. De plus, le sport est très important dans la culture nord-américaine. Plusieurs personnes croient encore au stéréotype du gai qui n’est pas capable de faire du sport. Or, de plus en plus d’athlètes sortent du placard. Les gens sont donc surpris et s’intéressent au phénomène.
Il semble y avoir plus d’athlètes de sports individuels qui affichent leur homosexualité que d’athlètes qui pratiquent un sport d’équipe…
En fait, qu’il pratique un sport individuel ou d’équipe, un athlète professionnel doit prendre en considération ses commanditaires, ses compétiteurs, ses entraîneurs, ses fans, etc. La différence, c’est que quand tu pratiÂques un sport individuel, tu n’as pas à penser à tes coéquipiers. Cela dit, ça peut sembler plus facile de sortir du placard pour les athlètes de sports individuels, mais ça ne l’est pas.
Les politiciens et les personnalités qui apparaissent souvent dans les médias ont une grande influence sur la façon de penser des gens. Pensez-vous que quelqu’un comme la candidate à l’investiture républicaine Michele Bachmann, qui tient des propos homophobes, peut faire reculer les droits des gais?
Non. Personne ne peut arrêter ce qui a déjà été fait, mais cela peut ralentir les avancées. Depuis plusieurs années, je dis que d’amender la Constitution pour bannir le mariage gai est un débat mort dans l’œuf. Ça n’arrivera pas. La seule question qu’on se pose, c’est de savoir si l’égalité sera obtenue dans 10 ans ou dans 50 ans.
Qui sont les meilleurs ambassadeurs des droits des gais dans le monde du sport?
David Koplay (ancien joueur dans la NFL) en parle depuis 35 ans. Mais je pense aussi à nos alliés hétérosexuels. Quand Jackie Robinson est devenu le premier Noir à jouer au baseball professionnel, c’est parce que les Blancs l’ont laissé jouer. Je pense à des hétérosexuels comme Brian Burke présentement le directeur général des Maple Leafs de Toronto), Michael Irvin (ancien joueur des Cowboys de Dallas dans la NFL) et Charles Barckley (ancien joueur des Suns de Phoenix et des Rockets de Houston dans la NBA). Plusieurs athlètes professionnels hétéroÂsexuels clament qu’il faut mettre fin à la discrimination. Ils sont les ambassadeurs les plus puissants pour nous permettre d’avancer.
Depuis 10 ans, beaucoup d’athlètes sont sortis du placard. Qu’est-ce qui a changé pendant toutes ces années?
Je pense que tout a changé. La société, le genre de divertissements que nous regardons, etc. Il y a de plus en plus de personÂnages ou d’acteurs gais dans les émissions et dans les films. Sur le plan politique, nous pouvons nous marier maintenant. C’était impensable il y a 10 ans. Dans les sports,
de plus en plus d’équipes se disent en faveur de l’égalité.
Il existe une panoplie d’équipes et de ligues sportives gaies. On en entend rarement parler. Sont-elles populaires?
Oui, très! Il existe des centaines de ligues et des milliers d’équipes partout à travers le pays. Il y a 15 ans, c’était marginal dans la culture gaie, tandis qu’aujourd’hui, ça prend une énorme place. Ça a permis de définir la culture gaie et de faciliter le fait de sortir du placard.
Est-ce que le Canada a une bonne réputation en ce qui concerne les droits des gais et lesbiennes?
Si on demande à l’Américain moyen, je crois qu’il a une opinion très favorable du Canada dans ce domaine. L’égalité des gais et lesbiennes remonte à plusieurs années au Canada, et ils peuvent se marier depuis longtemps chez vous. Montréal, particulièrement, est une ville où il fait bon vivre pour les homoÂsexuels. La ville a été l’hôte des Outgames il n’y a pas si longtemps.
Ils sont sortis du placard
- Roy Simmons (football)
- Billie Jean King (tennis)
- John Amaechi (basket-ball)
- Brendan Burke (hockey)
- Esera Tuaolo (football)
- Martina Navratilova (tennis)
- Muffin Spencer-Glovin (golf)
- Mark Tewksbury (natation)
- Gareth Thomas (rugby)
- Greg Louganis (plongeon)
- Rudy Galindo (patinage artistique)
- Olivier Rouyer (soccer)
- Mark Leduc (boxe)
Le sport gai au cinéma
Peu de films se sont intéressés à l’homosexualité dans le sport. Breakfast with Scot, de Laurie Lynd, sorti en 2007, a pour personnage principal un ancien joueur de la LNH homosexuel.
Pour des nouvelles sur l’homosexualité et le sport, visitezle site Outsports.com