Mi-août. Le moment du départ, des au revoir, des mottons dans la gorge. Les dernières heures folles à compléter ma valise, à faire la tournée de mon monde et le plein des victuailles du sud. Puis, les retrouvailles avec ma deuxième famille. La mi-août est, depuis trois ans, synonyme de mixed emotions.
Cette année, je reste. Je ne pleure pas en serrant mes parents et mes frères dans mes bras. Je ne remplis pas ma valise de sirop d’érable. Je reste. J’ai néanmoins les mixed emotions dans le tapis. Quand j’ai pris la décision de ne pas renouveler mon contrat, je l’ai fait pour plusieurs raisons. Des collègues qui quittaient aussi et moi, nous nous disions qu’il était temps que nous revenions dans la «vraie vie», que nous sortions de la bulle. Parce qu’être dans le nord, c’est un peu comme vivre dans un univers parallèle. On est déconnecté de la frénésie du sud, des nouvelles en continu, des bouchons de circulation, des choix trop nombreux. On est loin des agendas remplis, des réunions, des étourdisÂsements. On vit et on laisse vivre.
Au moment où je devrais me préparer à prendre l’avion, je me questionne. C’est quoi, au fond, la vraie vie?
J’aime être ici. J’aime pouvoir voir ma famille et mes amis quand bon me semble, ne pas avoir à me faire à souper certains soirs, pouvoir voir un film à sa sortie et non quand il passe à Super Écran. J’apprécie la température, le bouillon de culture, la variété de divertissements. J’ai plus de chances de rencontrer un mec, d’atteindre mes buts professionnels, de manger des sushis.
Là-bas, par contre, je n’avais pas de tourbillon dans lequel me lancer pour ne pas réfléchir. Quand on se retrouve au milieu de nulle part, les questions, c’est à soi qu’on les pose, et on peut rarement éviter de se répondre. Et puis, on est perpétuellement en contact avec les gens. Un signe de la main, un sourire, trois petits coups à la porte. On n’est invisible pour personne.
En étant ici, par contre, j’ai la possibilité de rendre visite à ma grand-mère à l’hôpital, d’écouter une amie triste, d’être là quand ça compte.
Mais là-haut, je me reconnecte avec les valeurs du partage, de la collectivité. J’apprends à apprécier chaque petit moment en les voyant comme des privilèges, des cadeaux.
C’est la mi-août et ça me frappe. Je ne remonte pas. Je suis de retour dans le sud. Même si ça fait près de deux mois que j’y suis, c’est maintenant que ça fait mal. Ce n’est pas de partir qui est difficile, c’est de ne pas y retourner. Ça me fout la boule dans la gorge.
Je suis déchirée entre l’excitation que m’offre ma nouvelle vie et mon besoin de marcher dans la toundra, d’entendre de l’inuktitut et de voir le sourire de mes élèves. J’ai envie d’être ici, j’ai besoin d’être là-bas. Je suis en conflit entre le nord et le sud. Je suis une Inuk.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.