Dernièrement, le titre d’un article m’a fait réagir : «Pour des profs rémunérés au rendement».
Je suis à la retraite depuis 1992 après avoir enseigné durant 35 ans, dont 29 ans en 6e année. Je connais le milieu.
Je me questionne. L’enseignement n’est pas une usine où l’employé doit produire un certain nomÂbre de pièces quotidiennement, ni un commerce où il faut atteindre un certain quota de vente. Non, l’enseignant travaille avec l’être humain.
Si on paie l’enseignant d’après les succès acadéÂmiques des étudiants, aucun ne voudra d’élèves en difficulté ou turbulents dans sa classe. Ce sont des élèves qui demandent beaucoup de temps et d’énergie. MalheureuÂsement, les notes ne sont pas toujours au rendez-vous. On ne peut comparer les résultats des classes parce que chaque groupe d’élèves est unique. Le meilleur rendement est la progression de chaque élève, ce qui est très difficile à évaluer.
N’oublions pas que nous vivons à l’ère de l’intégration de tous les genres d’élèves dans les classes. Je ne pense pas que ce soit à l’avantage de l’élève intégré ni des autres élèves, mais c’est un autre débat. Aujourd’hui, l’enseignement est plus exigeant parce que les élèves vivent à l’ère de l’électronique et qu’il devient de plus en plus difficile de les intéresser. On dit même que l’élève du secondaire ne peut pas rester plus de 15 minutes attentif.
Pourquoi ne pas se fier aux universités? Les enseignants sortent avec un baccalauréat de quatre ans. Ils font des stages dans des classes différentes et à des niveaux différents pour les aider à bien connaître ce qui les attend. Leurs professeurs ont le temps de voir si ces jeunes ont choisi la bonne profession. Que les professeurs fassent leur travail et donnent les diplômes à ceux qui le méritent! On pourrait même instaurer deux ans de probation pour leur donner le temps de s’habituer à la gestion de classe avant de leur attribuer le diplôme. Mais par la suite, qu’on leur donne leur permanence. On voudrait les décourager qu’on ne ferait pas mieux. On a déjà assez de difficulté à les garder dans la profession! Certains se découraÂgent et ne font même pas cinq ans dans le métier. Il y a épuration à la base.
Ce qui est particulier, c’est qu’autrefois, quand les enseignants n’avaient pas de cours universitaires, la profession d’enseignant était valorisé. MainteÂnant, avec baccalauréat et maîÂtrise, ils sont de moins en moins reconnus. Cherchez l’erreur! On leur met sur le dos tous les problèmes de la société.
Reconnaissons cette profession selon ses valeurs et ses limites!
– Pauline Robert, Granby