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Symphonie pour les riches

La semaine dernière avait lieu l’inauguration officielle de la nouvelle salle de l’Orchestre sym-phonique de Montréal. Tout le gratin était réuni pour célébrer cette grande réussite. Enfin, Montréal était doté de l’une des plus belles et des plus performantes salles du monde; nous voilà dans les ligues majeures, à la hauteur du talent de notre orchestre. Un projet de 266 M$, le premier ministre qui coupe le ruban entouré de ministres et d’anciens premiers ministres, de tous les VP des grandes entreprises, de tous les intellectuels de la métropole, en robe de soirée et smoking. Mission accom­plie : enfin, il sera possible de combler pleinement les besoins et les fantasmes de ces grands mélomanes.

J’ai ressenti un très grand malaise lorsque j’ai vu défiler tous ces reporta­ges. J’avais la nette impression que le fossé énorme en­­tre les riches et les pauvres ne cessait de se creuser.

J’essayais de me mettre à la place de ce père de famille ou de cette mère monoparentale qui se rend au travail en transport en commun, qui a toute la misère du monde à boucler son budget, qui doit la plupart du temps avoir recours aux banques alimentaires malgré son horaire de tra­vailleur à temps plein. Je me suis mise à la place de ces parents qui, à cause du manque d’argent, doi­vent faire face à des coupures dans les ser­vices adaptés destinés à leur enfant handicapé. Je repensais au dernier reportage qui nous expliquait les semaines, voire les mois, d’attente au sein de la DPJ avant qu’une plainte soit traitée, faute de personnel. Je songeais à toutes ces campagnes de financement pour permettre à nos enfants de manger et de se rendre à l’école avec des fournitures scolaires décentes, avec des souliers sans trous. La liste des besoins est énorme, et elle ne cesse d’augmenter.

Pourtant, il semblerait qu’une société qui investit pleinement dans sa culture est une société en santé! Peut-être bien, mais peut-être faut-il également que ces gens qui forment la majorité soient en mesure et aient les moyens de pouvoir en profiter!

Les chiffres de l’indice de la pauvreté ont été dé­voi­lés cette semaine. Résultat : l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de s’aggraver!

On ne pouvait avoir plus belle démonstration lors de cette inauguration. Il faut se le dire : cette salle de l’orchestre symphonique est un cadeau que nous avons payé à l’élite de notre société, et ce, à même nos taxes. Imaginez ce que nous aurions pu faire d’autre avec 266 M$…   

– Francine Laplante

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