Intersection Jean-Talon et Décarie. À l’heure de pointe du matin, un homme d’environ 75 ans traverse. Tout est parfait jusqu’à ce que mon cœur arrête de battre. Il traverse lenteÂment, mais les voitures passent devant et derrière lui en klaxon-nant. Le seul automobiliste n’ayant pas eu la frousse est un homme en conversation au téléphone.
L’homme, tel un M. Magoo, rejoint le trottoir sans avoir levé les yeux une seule fois. Mon cœur redémarre, mon adrénaline redescend.?J’étais sûr que j’allais assister à une boucherie.
J’apostrophe l’homme en le questionnant sur sa façon de traverser. Je l’informe qu’il s’est mis dans une position périlÂleuse. Il m’ordonne de me mêler de mes affaires. Il a raison, on devrait se mêler de ce qui nous regarde.
En ce qui me concerne, être témoin d’un accident de la route fait partie des pires expériences imaginables. Je n’ai pas le goût de ce genre de souvenir.
Porter secours à quelqu’un qui n’a pas de chance de survivre non plus. Mais cela n’est pas tout!
OK, un piéton se fait happer, centrale 911, pompiers, ambulance, police, enquêteurs, hôpital, spécialistes, transfusion de sang, transplantation d’organe, réhabilitation, encore des spécialistes…
La liste est longue. Toutes ces factures seront payées à même mes impôts! Est-ce que ça me regarde?
Je n’aimerais pas dire à une mère monoparentale qui attend un organe pour survivre qu’elle devra mourir parce que M. Magoo, ou n’importe quel autre imprudent de la route, lui a volé son unique espoir! Alors, monsieur, oui, je me mêle de mes affaires.
Et je maintiens que traverser quand le petit bonhomme blanc est allumé est tout à fait pertinent!
– Alexandre Bouch