Cela fait vraiment désordre! Depuis 15 jours, ils manifestent, campent et fourÂmillent au milieu d’hommes en complet-cravate se dirigeant d’un pas ferme et décidé vers La Mecque du capitalisme et de la finance mondiale : Wall Street! Qui a dit que manifester n’est pas dans la culture américaine?
La culture de l’indignation aux États-Unis bat certes de l’aile depuis une trentaine d’années, mais le «géant endormi» semble sortir de sa torpeur avec la dégradation du paysage économique. Au moins 60 % des Américains vivent d’une paie à l’autre (comme les Canadiens!), et 43 millions survivent grâce aux food stamps (coupons alimentaires).
Au total, plus de 14 millions sont sans emploi, une personne sur sept vit sous le seuil de la pauvreté et la «mythique» classe moyenne, au cœur du «rêve américain», est en pleine grisaille économique. C’est là que le bât blesse, sans compter que 1 % de la population contrôle au moins 40 % de toute la richesse.
«Nous sommes les 99 %», clament les manifestants postés à Zuccotti Park, à quelÂques encablures de la première place financière du monde. Ils dénoncent bien sûr la cupidité de Wall Street et le sauvetage des banques en 2008.
«Si l’économie continue à se dégrader, il y aura une seconde révolution américaine», lance Kalle Lasn, d’Adbusters, l’un des groupes organisateurs d’«Occupy Wall Street». «Le rêve américain est en train de mourir, c’est ce qui va relancer le mouvement de contestation. Nous campons déjà dans les quartiers financiers d’une cinquantaine de villes du pays», précise-t-il lors d’une entrevue téléphonique.
Les «indignés» de Wall Street sont encore peu nombreux, mais pour semer à tous vents, ils misent sur le ras-le-bol généralisé d’une population ayant de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Ils évitent de parler de «guerre de classes». Ce n’est pas vendeur.
Pourtant, la classe moyenÂne, en 40 ans, est passée de 53 à 43 % de la population, et les inégalités salariales ne cessent de se creuser. Il y a un siècle, le célèbre banquier John Pierpont Morgan mettait en garde les patrons de ne jamais toucher plus de 20 fois le salaire minimal de leurs employés. Aujourd’hui, l’écart est de 1 à 300 en moyenne.
Pour l’heure, c’est le Tea Party qui cristallise la grogne populaire américaine. Les conservateurs sont mieux organisés, plus riches, plus présents dans l’espace public. La gauche, elle, ne se retrouve plus dans le Parti démocrate et dans la politique «républicaine» de Barack Obama. Elle ne baisse pourtant pas les bras et dit : «Yes we camp!»
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.