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Graca Machel, la révolution des africaines encore à faire

Elisabeth Braw - Metro World News

Ellen Johnson-Sirleaf, la présidente du Liberia, a reçu la semaine dernière le Nobel de la Paix pour son leadership dans un pays dé­chiré par la guerre. Johnson est la première femme à être devenue chef d’État sur le continent noir. Les autres politiciennes africaines qui ont suivi et elle ont une femme à remercier : Graca Machel.

Après avoir occupé des postes clés dans le gouvernement du Mozambique et avoir été première dame de deux présidents africains influents (Samora Machel et Nelson Mandela), elle est un exemple pour les femmes africaines.

Au dire de Mme Machel, les femmes révolutionneront complètement l’Afrique dans la prochaine décennie. Et il est grand temps, selon elle, de discuter d’un problème encore répandu en Afrique : le mariage infantile. Chaque année, 10 millions de jeunes filles sont forcées de marier des hommes plus âgés.

Comment avez-vous réagi à l’attribution, cette année, du Nobel de la Paix à trois femmes?
L’attribution du Nobel à trois femmes remarquables du Liberia et du Yémen démontre que, bien que les femmes paient souvent le prix fort dans les conflits, elles peuvent être des agentes de paix et de reconstruction.

Retrouve-t-on un équilibre hommes-femmes aujourd’hui en Afrique?

Dans plusieurs pays du continent, il y a eu des progrès. Les femmes ont accès à l’éducation et peuvent mener une carrière, même politique. Mais le progrès est encore lent. Comme les femmes représentent 50 % de la population, elles devraient représenter 50 % des chefs.

Êtes-vous optimiste?

Je crois que dans 10 ans, l’Afrique aura un nouveau visage. On voit déjà du changement. Des femmes talentueuses et ambitieuses auront des postes décisionnels, autant en politique que dans le monde des affaires. Une nouvelle génération de chefs féminins surgira.

Vous êtes devenue une politicienne bien en vue au Mozambique quand votre pays a gagné son indépendance du Portugal, en 1975. Est-ce que votre vision de l’Afrique post-coloniale s’est aujourd’hui concrétisée?

En partie. J’ai donné ma jeunesse à une cause qui n’a pas entièrement été menée à terme. Je croyais que nous nous serions débarrassés de l’analphabétisme. Je croyais que tous les enfants auraient accès à l’éducation. Je croyais que plus de femmes occu­peraient des postes clés.

Néanmoins, quand je regarde le nombre de femmes à l’université, je me dis que ce n’est pas si mal. Le Mozambique est l’un des pays où l’on re­trouve le plus de femmes au parlement. Je suis fière du progrès qui a été réalisé. Mais est-ce que je suis satisfaite? Non! J’en veux enco­re davantage.    

Pourquoi avez-vous choisi de vous attaquer au problème du mariage des jeunes filles?

Quand je suis devenue ministre de l’Éducation, j’ai réalisé que les filles étaient très impliquées à l’école à 7 ans, mais qu’elles décrochaient vers l’âge de 10 ans. Dans la culture africaine, les filles passent par une foule de rituels à cet âge, les pré­parant à l’âge adulte. Cela inclut le mariage.

Pour elles, c’est normal, mais elles ne choisissent pas leur mari. C’est à la famille que revient cette décision. Une fois mariée, une fille doit prouver sa fertilité. Elle peut donc être forcée à avoir un enfant parfois aussi jeune qu’à 11 ou 12 ans. Bien sûr, son corps n’est pas prêt à cela. Une foule de complications peuvent survenir, allant même jusqu’à la mort. 

Pourquoi les choses ont-elles si peu changé?
Elles ont changé! Dans les deux dernières décennies, le nombre de filles inscrites au secondaire et à l’université a rapidement augmen­té. Mais 10 millions de filles se marient encore chaque année et ça me tracasse. Le mariage infantile est vu comme une décision familiale et non pas poli­­tique. Nous pouvons parler de mortalité pendant l’accou­chement, mais pas du mariage des fillettes, une des causes du problème…

En Occident, les jeunes filles sont exposées à une culture très sexualisée. N’est-ce pas aussi un environnement malsain pour elles?

À notre ère, nous voulons que les filles vieillissent très rapidement. Les jeunes femmes sont vulnérables. Je ne crois pas que l’Occident soit pire ou mieux pour elles que l’Afrique ou l’Asie. Ici, les filles peuvent subir un mariage forcé en bas âge, mais qu’arrive-t-il quand une fille est violée en Occident? Je crois qu’il faut se demander où sont nos priorités en tant que société.

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Graca Machel

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