Canadien, comme en 1938-1939

Yvan Piquette, Réal Munger et Paul Meilleur-Aucoin/Sportnographe

Dans le merveilleux monde du sport, il n’est pas rare que les chiffres parlent à travers leur chapeau. C’est que les experts sont passés maîtres dans l’art de leur faire dire n’importe quoi afin de donner l’impression qu’ils ont fait des recherches.

Par exemple, un journaliste d’enquête nous dévoilait récemment que Travis Moen avait bien joué à Winnipeg «parce qu’il avait vécu son enfance à 7 heures de route» de cette mégapole. Le sentiment d’appartenan­ce a un très fort rayon d’action, en effet.

D’autre part, les experts ne cessent de mentionner depuis quelques jours que Canadien n’avait jamais perdu ses trois premiers matchs à domicile depuis la saison 1938-1939. Est-ce à dire qu’il faut chercher des points de comparaison à partir de cette saison pour analyser la situation actuelle? Bien sûr que non. Mais ça ne nous empêchera pas d’extrapoler, car nous avons nous aussi des pages de journal à remplir…

Toe Blake

1938-1939, c’est la première saison de la «Ligne» Nationale sans les Maroons de Montréal. Toe Blake, d’ailleurs soumis au ballotage par ces derniers et acquis par Canadien, remporte le championnat des marqueurs de la LNH avec 47 points en 48 matchs. Est-ce qu’une telle situation aurait pu se produire avec Blair Betts que Canadien avait réclamé au ballotage? On ne le saura jamais puisque Betts était défectueux et qu’il a dû être retourné au manufacturier.

Notez au passage que pour le remercier d’avoir été si bon, les partisans offrent à Toe Blake un service de thé en argent ainsi qu’un cendrier sur pied. Dire que de nos jours, les joueurs doivent se contenter de vivre de l’amour des partisans et de Gatorade frais (et un peu aussi des salaires faramineux payés avec les billets qu’ils achètent).

Wilf Cude
En 1938, c’est aussi l’année où le gardien Wilf Cude quitte un match en pleurs suite aux huées de la foule, ce qui n’est pas sans rap­­-peler l’histoire de Patrice Brisebois à la différence près que Wilf Cude n’a pas ac­cordé 78 entrevues pour TVA Sports et ses coentreprises convergentes.

Cude avait même un jour lancé un steak à son épouse tellement il était sous pression, ce qui ne fut pas le cas de Brisebois, qui, on le sait, mangeait plutôt des pâtes avant les matchs. Cette saison-là marque aussi les départs d’Aurel Joliat et de Pit Lépine. On s’en souvient avec émotion. Un peu comme lorsque nous avons appris que Roman Hamrlik ne reviendrait pas. Genre. Dernière statistique inintéressante : Canadien terminera la saison à l’avant-dernier rang (sur sept équipes) ce qui, selon nos calculs, le placerait au 25e rang cette année. Que devrait-on retenir de tout ça pour avoir une vision juste de la saison actuelle ? Euh… rien.

Source : La glorieuse histoire des Canadiens, par Léandre Normand et Pierre Bruneau.


Première Chaîne de Radio-Canada – 95,1 FM

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