Au Kenya, au beau milieu du désert, à 100 km de la Somalie et à 500 km de Nairobi, Mohamed et Hussein, tous deux âgés de 22 ans, écoutent de la musique grâce à leur lecteur Mp3.
Assis sur leur chaise de plastique, ils attendent que les enfants se fassent vacciner. Depuis l’été dernier, une épidémie de rougeole perdure à Dadaab, un camp de réfugiés qui abrite 450 000 personnes.
Quatre-vingt-dix-sept pour cent d’entre eux sont des citoyens somaliens qui ont quitté leur pays à cause de la sécheresse, de la famine ou de l’insécurité qui y règnent. Le camp de Dadaab, mis sur pied en 1991, n’a cessé de grossir depuis.
Mohamed et Hussein sont infirmiers à l’hôpital de l’International Rescue Committee (IRC). En fait, l’établissement se résume à quelques tentes blanches où les nouveaux arrivants peuvent obtenir les premiers soins et de la nourriture pour leurs enfants mal nourris.
Les deux jeunes hommes travaillent à l’annexe de Kambioos, une nouvelle portion du camp mise sur pied par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, pour alléger les plus vieux secteurs de Dagahaley, d’Agadera et d’Ifo.
Une source d’eau souterraine vient tout juste d’être découverte ici. La nourriture est fournie quotidiennement par le Programme alimentaire mondial, mais tout le reste – éducation, soins médicaux, toilettes et sécurité – fait défaut.
Mohamed et Hussein savent très bien ce que ces manques signifient. Ils sont tous deux réfugiés somaliens. Ils sont arrivés à Dadaab avec leur famille alors qu’ils n’avaient que deux ans. «J’aimerais retourner dans mon pays, mais seulement si celui-ci est en paix», avance Mohamed.
Impossible pour le moment de dire s’il pourra réaliser son rêve. En Somalie, les guerriers du groupe islamiste Al-Shabaab contrôlent la majeure partie du pays. Les autorités n’ont jamais été capables de créer un climat politique stable, et les troupes de l’Union africaine sont débordées.
Le Canada, les États-Unis et la Grande-Bretagne font partie des quelques pays qui offrent l’asile aux réfugiés. Une douzaine d’anciens habitants de Dadaab étudient dans des universités canadiennes. Mais il y a peu d’élus, et Mohamed pense qu’il ne quittera peut-être jamais Dadaab. La vie est dure dans le désert, mais il songe de plus en plus à s’établir ici pour de bon.
«Je vais commencer à me chercher une petite amie, dit-il. Je souhaite qu’elle soit éduquée et travaillante, comme moi.» Quand Mohamed sera marié, il aura droit à sa tente. Il aimerait fonder une petite entreprise avec son frère, qui étudie à l’école de Dadaab. Dans l’institution, de jeunes Kenyans et des réfugiés peuvent apprendre comment couper les cheveux ou comment réparer une radio.
Les dirigeants de l’école reconnaissent qu’il est difficile d’y attirer les réfugiés tous les jours. «Certains de nos élèves n’ont jamais vu leurs parents travailler, car bien des réfugiés bénéficient de l’aide alimentaire, explique l’un d’eux. Ils croient qu’ils ne sortiront jamais d’ici. Ils souffrent du syndrome de bufis [un mot en somali qui exprime le fort désir d’être relocalisé]. Notre rôle premier est de les motiver le plus possible.»
Réfugiés branchés
Malgré leur statut de réfugiés, les habitants de Dadaab restent connectés au reste du monde. Au Kenya, il est possible d’obtenir un accès internet sur son téléphone pour 3 $US, grâce au fournisseur au rabais chinois Safaricom. Ainsi, plusieurs ne se fient plus au Haut CommisÂsariat des Nations unies pour les réfugiés pour être relocalisés. Ils utilisent plutôt les blogues et les réseaux sociaux pour trouver une aide extérieure.