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Trafic sous la mer

Paola Rojas Camacho - Metro World News

De la fibre de verre et des planches de bois : ce sont les principaux matériaux que les cartels de la drogue de Colombie utilisent pour construire ce qui servira à amener leur marchandise à bon port. Les narco-sous-marins ne datent pas d’hier, mais encore au­jourd’hui, ils prouvent que les barons de la drogue sont prêts à tout pour mener à bien leur commerce.

Depuis qu’une première embarcation du genre a été repérée près des îles de la Providence, dans les Caraïbes, en 1993, les autorités sud-américaines ont réussi à saisir 71 vaisseaux. La dernière offensive est survenue au début du mois de septem­bre dernier.

Durant l’opération Aguas Profundas (Eaux profondes), des agents américains et colombiens ont intercepté des bateaux qui transportaient chacun quelque 10 tonnes de cocaïne vers les États-Unis. Dix-neuf arrestations ont suivi.

Pour 500 000 $ et en moins de 90 jours, les contrebandiers des cartels peuvent se faire construire un engin semi-submersible mesurant jusqu’à 25 mètres et pouvant transporter 12 tonnes métriques de cocaïne.

Les contrebandiers tirent aussi profit de la géographie particulière des Andes. «Les cartels construisent leurs vaisseaux à marée bas­se. Quand le niveau de l’eau mon­­­te, les embarcations s’éloignent des côtes, et l’aventure commence», ex­pli­que l’amiral Hernando Wills, commandant en chef de la marine colombienne. M. Wills a la tâche ardue de surveiller et de protéger la côte du pays – longue de 1 300 km – contre les trafiquants de drogue.

«La côte Pacifique de la Colombie est parsemée de mangliers, de criques et de petites rivières, ajoute l’amiral Wills, ce qui favorise la fabrication clandestine de sous-marins.»

Les autorités savent bien que les contrebandiers utilisent les technologies les plus récentes pour construire leurs engins. En février dernier, les agents anti-drogue ont découvert le premier narco-sous-marin entièrement submersible, capable de transporter 7 tonnes de cocaïne.

L’embarcation pouvait naviguer 10 mètres sous l’eau, laissant seulement un périscope de 50 cm à la surface. Les narco-sous-marins sont construits de manière à être quasiment indétectables sur les radars.

On estime que les narco-sous-marins transportent 30 % des exportations de cocaïne de la Colombie. Les autorités du pays en ont donc fait une priorité.

«Les contrebandiers tentent de trouver de nouvelles façons de nous contourner, mais nous travaillons d’arrache-pied pour venir à bout de ces bandits», assure l’amiral Wills. Au total, 8 000 membres de la ma­rine sont responsables de garder la côte du Pacifique sud-américaine.

Selon le chef de la ma­rine, les narcotrafiquants vont maintenant y penser à deux fois avant de s’embarquer pour un voyage.

«Ils risquent gros. Les personnes arrêtées peuvent faire ­14 ans de prison», raconte l’amiral Wills, en ajoutant qu’avant 2009, les accusés pouvaient simplement dé­clarer un naufrage et ainsi recevoir l’aide des autorités.

Les narco-sous-marins

Les autorités ont renforcé leurs opérations pour empêcher les vaisseaux de quitter les côtes colombiennes. Le 13 février 2011, un narco-sous-marin capable de transporter 7 tonnes de cocaïne a été intercepté par l’armée.

Le vaisseau était doté de technologies jamais vues auparavant par les autorités, et sa valeur est estimée à quatre millions de pesos. Le sous-marin – qui, cette fois, portait bien son nom – pouvait naviguer entièrement sous l’eau, ce qui le rendait quasi indétectable.

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Ligne du temps

  1. Laura, le premier narco-sous-marin. En mai 1993, près des îles de la Providence, les autorités colombiennes ont repéré le premier bateau clandestin utilisé pour le trafic de la drogue. Laura ne mesurait que 6 m, était faite d’alumi­nium et avait trois membres d’équipage à bord. 
  2. En pleine construction. Le 11 septembre 2000, la police nationale colombienne a saisi un vaisseau qu’on s’affairait à construire depuis un an. Les mécanismes de l’embarcation avaient été développés à l’aide de technologies russes. D’autres composantes étaient européennes.

     

  3. Changement de stratégie. Après des saisies faites par les autorités colombiennes dans les Caraïbes, un narco-sous-marin est arrêté pour la première fois dans le Pacifique le 24 mars 2005. Le bateau était quasiment prêt, et il aurait pu transporter jusqu’à quatre tonnes de drogue.
  4. Le design se raffine. Le 18 juillet 2007, dans le Pacifique, un semi-submersible est saisi près de Buenaventura, au Mexique. Quatre membres d’équipage sont à bord, mais on n’y trouve aucune drogue. La forme et le design de l’embarcation montrent toutefois des avancées importantes.
  5. Propriété de Los Urabeños. En septembre 2011, les autorités ont saisi un narco-sous-marin appartenant au gang Los Urabeños. Toujours en cons­truction lors de l’opération, le bateau mesurait 20 mètres et était évalué à 1,5 M$. Il aurait pu transporter six tonnes de drogue.

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