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Aller voir Tintin au grand écran?

Beaucoup ont été séduits par le dernier film de Steven Spielberg, qui porte à l’écran les aventures de Tintin. Les images qu’il nous fournit ont quelque chose d’extraordinaire. D’autres, par contre, sont restés sur leur faim. Le film ne leur a pas procuré tout le plaisir qu’ils savouraient jadis à la lec­tu­re d’un album de Tintin. Il y aurait, selon eux, un je- ne-sais-quoi qui manque ou qui cloche dans cette pro­duction hollywoodienne.

Souvenons-nous du plaisir que nous ressentions lorsque, enfants, nous tournions frénétiquement chaque page d’un album de Tintin. Bien qu’inanimés, les personnages d’Hergé nous semblaient plus vrais que ceux du film de Spielberg. Cet état de grâce résultait évidemment du génie d’Hergé! Avec nos yeux d’enfant, nous reconnaissions dans ses personnages des traits de carac­tère qui nous étaient familiers, un peu comme si nous les avions toujours connus. L’imaginaire d’Hergé se superposait au nôtre avec une telle précision que nous scrutions chaque mot, cha­que image avec délectation.

La production de Spielberg, bien que relativement fidèle aux récits d’Hergé, ne procure pas tout à fait le même engouement. Avec le film, nous ne faisons plus partie de l’univers de Tin-tin. Nous y assistons plutôt. Par exemple, les person-nages d’Hergé, représentés magni­­fiquement en images 3D, nous écrasent telle-ment ils sont réels mais, assez bizarrement, nous n’y croyons plus! Il faut com-prendre que le grand en-fant Spielberg a pris notre place, celle de notre imaginaire. C’est lui qui dirige ceux qui étaient nos amis et nos complices d’hier. 

Tintin n’a d’ailleurs plus besoin de notre amitié.

Il se débrouille très bien tout seul. Le Tintin que Spielberg met en scène n’est plus tout à fait de notre taille. Dans le film, il exécute des prouesses extraordinaires. Il ressemble plutôt à un super héros. Par exemple, l’habileté extraordinaire dont il fait preuve en motocyclette ne nous sera jamais accessible.

Même Milou, qui nous ravissait tant avec ses pitreries, n’est plus tout à fait le même. Sous l’impulsion de l’enfant américain que fut Spielberg, il a pris l’allure d’un chien vedette à la Walt Disney. Heureuse­ment, les Dupont et Dupond, avec leurs gau­-cheries, sont encore là, intacts, pour nous faire rire.

Bon visionnement quand même!   

– Pierre Desjardins, Montréal

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