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«Dans certains cas»

Décidément, les jours se suivent et se ressemblent à Ottawa, mais c’est à un mauvais scénario de série B qu’on assiste, et le parlement ressemble de plus en plus à une maison de l’horreur, livrée à de dangereux apprentis sorciers. Après l’abolition du registre des armes à feu, l’abandon du traité de Kyoto, le durcissement des peines et la construction de mégaprisons – entre autres –, le parti au pouvoir se met à entrebâiller tellement de portes qu’on pensait verrouillées pour toujours qu’on commence à ressentir un grand courant d’air nauséabond. La réponse, et la justification, aux cris indignés de l’opposition est invariablement la même : «Oui, dans certains cas…» La peine de mort? Dans certains cas… La torture? Dans certains cas… Les nazis aussi, au début, appliquaient la peine de mort et la torture «dans certains cas», jusqu’à ce que l’usage en soit généralisé.

Et on rouvre aussi, de façon détournée, le débat sur l’avortement, le mariage gai, et quoi encore? Ce sont tous là des sujets qu’on pensait, peut-être naïvement, définitivement clos au Canada. La peine de mort et la torture n’ont aucune justification ni aucune légitimité dans un pays démocratique et progressiste; on est pour ou on est contre, on ne peut pas être «un petit peu pour». Probablement s’agit-il de coups de sonde de la part du gouvernement pour «voir jusqu’où on peut aller trop loin». S’il n’y a que les intellectuels du Plateau qui réagissent, mais que cela ne fait pas un pli à l’homme de la rue, alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin? À un certain moment, il sera malheureusement trop tard pour revenir en arrière.

– Christian Feuillette, Montréal

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