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La majorité haïe

Lundi, Benoit Lefebvre relatait la diffamation dont sont victimes les pauvres de notre société alors que, dans le courrier des lecteurs, Jeannot Vachon écrivait : «La justice, ce n’est pas l’affaire du peuple, mais l’affaire de spécialistes qui vont s’élever au-dessus de la masse.» Les gens de cette masse, ce peuple, cette lie, expriment de plus en plus leur déception, leur désaccord, leur insatisfaction par rapport aux services de la justice, de l’éducation, de la santé pour lesquels ils déboursent au public pendant qu’on veut les convaincre de dépenser aussi au privé.

Les conséquences en sont la nécessité d’émissions telles que J.E. et La facture, la collecte de fonds pour Claude Robinson, la manifestation à la suite du jugement du Dr Turcotte.

Les décideurs, les politiciens, les économistes, les juges, les fiscalistes, les psychiatres, les directeurs d’école secondaire comme les fonctionnaires de programmes gouvernementaux… ces personnes ne sont pas issues du peuple, n’y vivent pas, elles sont désincarnées de la réalité et rendent donc des décisions qui ne reflètent pas le réel : le vécu des êtres victimes, misérables, exclus, opprimés.

La honte des persécutés par notre échec à établir l’égalité ne fait pas les manchettes et ne bénéficie pas de lobbying. Pourtant, nous sommes affectés par les écarts, et même la faiblesse, des revenus, l’augmentation du coût de la vie et de l’endettement, les différences de pouvoir d’achat, la fin de l’épargne. Nous sommes un pays industrialisé où des êtres souffrent de la faim, de l’itinérance, de l’exclusion, pendant que des sur-scolarisés, sur-qualifiés, sur-expérimentés sont sous-employés, que l’itinérance empire, que des ados ne savent pas écrire, que les vieux, les malades mentaux, les cas sociaux sont ridiculisés, négligés, honnis. Nous en sommes encore à blâmer les victimes, les démunis, qui sont pourtant les êtres les plus impuissants.

Les êtres de pouvoir ne comprennent pas, ne compatissent pas, ne trouvent pas de solution à la misère sociale, la peur collective et la douleur individuelle; pourquoi? Ah! oui, les spécialistes flottent, privilégiés, au-dessus de la mêlée, persuadés qu’ils ne tomberont jamais aussi bas que cette majorité, non pas silencieuse, mais risible, méconnue et, surtout, haïe.

– Lucie Poirier

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