La photographe Camille Seaman se plaît à photographier le froid. Le bleu et le blanc des glaces de l’Arctique et de l’Antarctique deviennent des œuvres d’art dans son objectif. Métro s’est entretenu avec elle.
Imaginez le nord, le sud, ces deux pôles extrêmes où la vie bat au ralenti.Une vie au rythme des mouvements de la Terre, et où les icebergs, ces majestueux monts de glace, donnent le tempo aux étendues blanches et bleues, presque figées, où tout est calme, presque inerte. Des lieux reculés que peu d’entre nous auront le privilège de voir. En effet, soyons honnêtes, qui parmi nous a déjà songé à l’Arctique ou à l’Antarctique comme destinations à visiter?
Camille Seaman, une photographe amérindienne de la réserve de Shinnecock qui vit en Californie, s’y est rendue par hasard. Oui, par hasard!
Elle s’apprête à embarquer sur un vol lorsque celui-ci s’avère être plein. Elle accepte de prendre le suivant. En dédommagement, la compagnie aérienne lui offre un billet aller-retour pour une des destinations qu’elle dessert. La photographe optera pour la ville la plus éloignée, en Alaska. «Ce voyage a été une expérience extraordinaire, se souvient la photographe. J’avais l’impression d’être sur une autre planète. Marcher sur un océan gelé, c’était comme marcher sur la Lune.» Elle a 29 ans et n’a pas encore envisagé une carrière de photographe.
Cette rencontre merveilleuse avec l’Arctique et son envie de photographier la vie sur Terre en espérant que les gens prennent conscience de la beauté de notre planète ont fait d’elle une photographe professionnelle. «On ne prend pas vraiment en considération le fait que beaucoup de nos gestes quotidiens ont un impact négatif sur ces contrées.»
Alors, pour ramener ces clichés précieux qu’elle pourrait qualifier de documents historiques, elles n’hésitent pas à embarquer à bord de bateaux pendant plus d’un mois et à voguer dans le froid des étés polaires. «En général, je pars pendant les mois d’été de l’Antarctique ou de l’Arctique. Il fait entre -8 oC et -10 oC, c’est supportable pour faire de la photo», explique Camille Seaman, qui, le reste du temps, photographie les tempêtes et les tornades aux États-Unis.
Ces prises de vue en milieu polaire demandent tout de même de la prévoyance et un équipement particulier. Camille Seaman le reconnaît, elle a appris à s’habiller en conséquence. S’approcher des icebergs nécessite d’être bien couvert afin de pouvoir les observer des heures durant. «Aux mains, je porte deux paires de gants. L’une d’entre elles me permet de manipuler l’appareil aisément. Quand j’attends d’avoir la bonne lumière pour shooter, je garde mes mains dans mes poches. L’essentiel est vraiment de rester au chaud et, lorsque le moment de shooter arrive, il faut être prêt!» conseille la photographe de 42 ans.
Avant de passer au numérique, une de ses préoccupations était de veiller à ce que les négatifs ne gèlent pas. «Maintenant, avec le numérique, je dois juste penser à la pile, qui se décharge plus rapidement avec le froid. Le conseil que je pourrais donner est de toujours garder au chaud, dans sa poche, une pile de secours. Lorsque l’une des deux est déchargée, il suffit de la changer. Au chaud, elle se rechargera.»
La clé : l’éclairage!
Pour Camille Seaman, ce qui importe le plus lorsqu’elle fait de la photo, c’est la lumière. Photographier un iceberg n’est pas si simple, si on veut qu’il dévoile son intimité : tous ses détails, ses petits cratères, ses fissures, sa couleur… «Je m’assure qu’aucune de mes photos ne soit prise quand il y a un beau ciel bleu et un soleil éclatant. Lorsqu’il y a du soleil, les icebergs restent blancs, ils ne montrent pas leur beauté. C’est uniquement lorsque le ciel est couvert qu’on peut voir leurs détails, qui évoquent une peau d’éléphant», explique-t-elle.
Précisons que l’artiste, qui peut passer des journées entières à attendre la bonne lumière, ne retouche pas ses photos. «Je tiens impérativement à ce que mes photos soient authentiques. Je veux que les gens qui les regardent voient ce que j’ai vu là-bas! déclare la photographe. Oui, j’utilise Photoshop, mais uniquement pour l’impression de la photo. Que les choses soient claires : je ne modifie pas la couleur de mes clichés. Il n’y a pas de trucage, et surtout, aucun ajout de saturation dans l’image. La luminosité est l’unique chose que je change afin que les contrastes soient plus marqués», précise-t-elle.
Tout photographe, amateur ou professionnel, le sait déjà : la photo «parfaite» exige beaucoup de patience. Et elle demande aussi une attention particulière à l’éclairage. La clé de la photo réussie se cacherait dans la lumière. «Les photos spéciales nécessitent un éclairage spécial. Nous sommes entourés de lumières artificielles, mais il ne faut pas avoir peur du noir. Il fait parfois surgir des détails magiques!» confie-t-elle.
En exposant ses photos de paysages polaires, Camille Seaman souhaite que les gens se disent : «Wow! C’est notre planète!» «Quand les gens prennent conscience de ce qui est beau, ils ont davantage l’envie de le préserver», conclut-elle.
Visiter le site web de Camille Seaman pour voir ses différentes photographies.