Ils se regroupent rapidement grâce aux réseaux sociaux et à leurs téléphones intelligents. Puis, en quelques minutes, ils pillent un magasin. Les agents de sécurité n’ont aucune chance de les arrêter. Voici les flash robs. Mais la police est déjà à l’affût.
Un homme remarque qu’il n’y a qu’un seul employé dans une boutique Hugo Boss. Il lance une alerte sur Foursquare à l’aide de son téléphone intelligent. Trente minutes plus tard, un groupe de 50 personnes pénètre dans le magasin pour le piller. Trois minutes plus tard, quand la police arrive sur les lieux, le groupe s’est déjà dissipé dans les rues.
Voici l’exemple parfait d’un nouveau type de crime qu’on pourrait qualifier de revers sombre des flash mobs, ces manifestations spontanées qui se créent depuis quelques années dans les rues des villes. Puisque les mobs habituels visent à poser une bonne action, personne n’aurait pensé à les utiliser pour commettre des crimes. Les voyous ont flairé la bonne affaire… et ont créé les flash robs. «Les criminels mettent la technologie à profit, note George Knox, directeur du National Gang Crime Reasearch Center, aux États-Unis. Les gangs utilisent les flash robs pour piller. Un agent de sécurité peut contrôler 4 ou 5 personnes, mais pas 50. Et certains commerces n’ont pas les moyens d’installer des systèmes de sécurité très sophistiqués.» À part dans les bijouteries, les doubles portes qui emprisonnent les voleurs sont en effet plutôt rares…
Les émeutes de 2011 à Londres, au Royaume-Uni, étaient essentiellement dérivées de ces pillages éclair, des pillages impromptus de boutiques dont l’initiative naît sur les réseaux sociaux. À Philadelphie, de jeunes flash mobeurs (ayant aussi peu que 11 ans) ont terrorisé la ville en s’attaquant de la sorte à des résidants. Le maire, Michael Nutter, a dû imposer un couvre-feu pour contrer le phénomène. Des flash mobs criminels d’adolescents contre les résidants sont aussi survenus à Washington, à Chicago et à Los Angeles.
Malgré ces événements malheureux, les flash robs n’ont pas encore gagné le cœur des villes. «La police a maintenant des méthodes très élaborées pour s’attaquer à ce genre de crimes», avance Daniel Silverstone, professeur de criminologie à la London Metropolitan University.
Le constable torontois Scott Mills est l’un de ceux qui s’attaquent au fléau. Sur les réseaux sociaux, il se nomme plutôt Graffiti BMX Cop (@GraffitiBMXCop). Il cherche à découvrir les flash robs avant qu’ils ne surviennent. «Je patrouille les réseaux sociaux comme un policier patrouille les rues, explique-t-il. Je suis à l’affût de comportements étranges sur Facebook ou Twitter, et les jeunes peuvent aussi me rapporter des choses. Les usagers me contactent sur Twitter et Facebook et me disent : « Hé, regarde ceci ». Un jour, un élève m’a parlé d’une fusillade potentielle dans une école, et nous avons pu éviter le pire.»
Scott Mills est le premier membre de la police torontoise à avoir été affecté aux réseaux sociaux. Aujourd’hui, 170 policiers ont reçu une formation sur le sujet. Cette innovation peut-être observée un peu partout sur la planète. «Il ne faut toutefois pas penser que les personnes qui se ressemblent ont des intentions mauvaises, fait remarquer Clifford Stott, spécialiste en psychologie à l’Université de Liverpool. Après les émeutes de Londres, les gens ont utilisé les médias sociaux pour se rassembler et tout nettoyer.»
Qu’est-ce qu’un flash rob?
Aujourd’hui, on distingue deux types différents de flash robs :
- D’abord, il y a ces activités criminelles menées par des voleurs. Ils ciblent des boutiques, y arrivent en groupe, les pillent et partent avant que la police n’arrive.
- Puis, il y a des actions d’anarchistes. Ces derniers rejoignent spontanément des marches pacifiques et en profitent pour briser des vitres quand les manifestants sont près des boutiques de luxe. Ils pillent aussi les magasins avant de s’enfuir rapidement, sans qu’on puisse les identifier.