C’est devenu une mode politique au sud du Rio Grande. Après le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur, c’est au tour du Nicaragua de modifier sa Constitution pour permettre à son président de briguer un nouveau mandat. Arrivé au pouvoir par les armes il y a trente ans, revenu par les urnes il y a deux ans, Daniel Ortega se représentera donc en 2011. L’ex-
guérillero aime bien son costume présidentiel.
Manuel Zelaya, lui, a été destitué en juin dernier pour avoir voulu être réélu au Honduras, seul pays avec le Mexique, le Guatemala et le Paraguay à interdire deux mandats consécutifs. Pourquoi dire non aux réélections? Il n’y a pas si longtemps, les dictatures pullulaient en Amérique latine et toutes les Constitutions du sous-continent ont cherché à barrer la route à des «dictateurs déguisés».
Car la réélection permanente de dirigeants populistes convaincus d’incarner la volonté du peuple et d’être indispensables au progrès du pays est mortelle pour toute démocratie balbutiante. Simon Bolivar en était convaincu. «L’autorité continue d’un même individu a fréquemment mis fin aux gouvernements démocratiques… Rien n’est aussi dangereux que de laisser longtemps le pouvoir aux mains d’un même citoyen», aimait rappeler le héros de l’indépendance du sous-continent.
Le Vénézuélien Hugo Chavez ne fut pas le premier à modifier la Constitution de son pays pour garder son fauteuil présidentiel. C’est l’Argentin Carlos Menem (1989-1999) qui ouvrit la marche. Le Brésilien Fernando Henrique Cardoso (1995-2002) et le Péruvien Alberto Fujimori (1990-2000) lui emboîtèrent le pas. Le Colombien Alvaro Uribe a l’intention de les imiter.
Rien d’étonnant donc à ce que Daniel Ortega, trois fois battu à la présidence, cherche à s’accrocher au pouvoir. Après avoir laissé tomber son treillis de guérilléro du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) qui mit fin à la dictature d’Anastasio Somoza en 1979, il n’a aucune envie de revêtir à nouveau son habit de prédicateur chrétien de «l’amour, de la paix et de la réconciliation».
Il a une mission bien plus urgente. Pour «sortir le NicaÂragua de la misère», un seul mandat ne suffit pas. Quand on veut mettre fin au capitalisme sauvage, un deuxième ne sera sûrement pas assez. Pourquoi pas un troisième? Ortega a mis beaucoup d’eau dans son vin révolutionnaire. Mais, à l’instar de bon nombre de présidents latino-américains, sa soif du pouvoir est intarissable.