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L'autre mur

Irina Bokova a enfin fait parler d’elle. Ses propos ont été repris, brièvement certes, mais un peu partout, à l’occasion du 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin. «Trop de murs restent debout», a déploré la nouvelle directrice de l’UNESCO. En septembre, son élection à la tête de l’organisation onusienne avait à peine été mentionnée, mais dans le monde arabe elle a réveillé la blessure toujours vive du «choc des civilisations».

Onze ans plus tôt, le ministre égyptien de la Culture aurait encore déclaré ceci : «Les juifs volent notre histoire et notre civilisation. Ils n’ont pas de pays et ne méritent pas d’en avoir.» La coupe était pleine. Hosni ne sera pas le premier Arabe à diriger l’Organisation des Nations unies pour la Science et la Culture. Ce sera une femme. La première. Le monde arabe monta aussitôt aux barricades contre le «lobby sioniste» américain.

Dans son discours du Caire, en juin, Barack Obama a pourtant promis un «nouveau départ» entre les musulmans et les États-Unis, mais c’est le «complot des grandes puissances» qui l’a finalement emporté, pouvait-on lire dans la presse égyptienne.

Le même langage avait été utilisé quand l’Égyptien Boutros-Boutros Ghali avait échoué à   obtenir un second mandat à la tête de l’ONU. Chaque fois, le complot sioniste est évoqué. Certes, le choix d’un Arabe à la tête de l’UNESCO aurait été un «formidable message de paix» et «une chance pour la culture arabe», pour reprendre les mots de Hosni, mais ses propos controversés auraient cependant mal cadré avec une organisation prônant depuis sa création, en 1947, la tolérance culturelle dans le monde.

Dommage, car c’est par la culture et l’éducation, les deux grands objectifs de l’UNESCO, qu’aurait pu être colmaté le fossé creusé depuis le 11-Septembre. La Bulgare Bokova, élue au cinquième tour, veut bien sûr encourager ce dialogue des civilisations, mais elle n’a pas la langue dans sa poche. Elle veut voir disparaître la burka, «un dénigrement pour les femmes», et souhaite se concentrer sur «l’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation» des musulmanes.

Un tel message a le mérite d’être clair. Mais il ne va certainement pas fissurer le mur d’incompréhension qui s’est érigé entre l’Occident et le monde islamique, 20 ans après la disparition du rideau de fer.

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