Avec tant d’autres, je me suis longtemps impliqué pour la cause de l’indépendance du Québec. Après un long séjour à Morin Heights, dans les Laurentides, je suis depuis quelques années revenu vivre dans le quartier de mon enfance : La Petite-Patrie, jadis l’un des secteurs les plus francophones de Montréal.
J’aime me promener, écouter et observer les gens qui y habitent maintenant. Que ce soit, entre autres exemples, la rue Bélanger, de Christophe-Colomb jusqu’au marché Jean-Talon. Que ce
soit divers secteurs de la Plaza Saint-Hubert jusque loin vers le nord. J’aime aussi prendre
fréquemment les différents transports en commun, et une évidence s’impose : Montréal est devenu une ville où se côtoie de plus en plus une étonnante diversité de communautés culturelles qui sont à la fois sa richesse et son grand défi.
Au sein de cette population, la communauté anglophone, établie en ces lieux depuis très longtemps et collaborant à son destin économique et culturel, y joue un rôle très important. À la suite de la publication du récent livre de Jacques Parizeau, La souveraineté du Québec hier, aujourÂd’hui et demain, je ressens à la fois de l’admiration pour l’homme d’un combat et d’un rêve de haut niveau et de l’interrogation sur son sens du réalisme touchant l’évolution du Québec.
Il me semble que les souverainistes, à force de se complaire entre eux et de se congratuler en cercles fermés, sont en train de participer à la lente asphyxie de leur grand projet. L’erreur fondamentale aura été un sérieux manque de vision en négligeant une discussion franche, respectueuse et ouverte avec les nouveaux arrivants et la communauté anglophone d’ici.
À se congratuler entre convaincus, nous sommes à couler nous-mêmes ce grand bateau désormais hésitant et tout près d’échouer.
Jacques Léger, Montréal