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Bolivie: Un registre électoral coûteux et inutilisé

Marie-Soleil Desautels - Métro

La Cour nationale électorale (CNE) de la Bolivie vient de terminer un mara­thon: l’enregistrement en 75 jours de 5,14 millions de citoyens dans un nouveau registre électoral à la fine pointe de la technologie. Le tout en vue du scrutin présidentiel et législatif de dimanche. La caractéristique principale de ce registre? Il est biométrique. Empreintes des 10 doigts, photo numérique et signature s’ajoutent au nom, date de naissance, à l’adresse, à la profession, au statut civil et au niveau de scolarité des citoyens.

Mais le plus étonnant, c’est que l’aspect «biométrique» de ce registre mis en place au coût de 43 M$US ne sera ni utilisé pour les élections de décembre 2009, ni avant un moment. «La Bolivie n’a pas les moyens d’acheter l’équipement pour reconnaître les empreintes digitales, d’autant plus que le registre a été financé sans aide internationale, détaille dans un échange de courriels Maria Mellenkamp, spécialiste du registre biométrique bolivien à l’Organisation des États Américains (OEA), qui a offert un appui technique. Mais il servira de base à un futur système d’identification civil et il permet d’éviter les inscriptions multiples et des irrégularités.»

«Le registre consolide l’identité électorale», affirme le directeur de la CNE – l’équivalent d’Élec­tions Canada –, Antonio Costas Sitic, lors d’une entrevue téléphonique. Aupara­vant, les citoyens pouvaient s’enregistrer en présentant l’un des trois documents autorisés, ouvrant une brèche pour les duplications et l’utilisation des documents d’un défunt.

Registre désiré par la droite, inquiétudes à gauche
C’est l’opposition de droite qui a demandé la création d’un registre transparent pour éviter les fraudes. Le président bolivien, Evo Morales, préférait s’en passer : trop cher et risqué à déployer à temps pour les élections. Le registre est finalement un compromis de la nouvelle loi électorale adoptée à l’arraché en avril dernier. Evo Morales a même fait une grève de la faim pendant six jours : l’opposition refusait de siéger en nombre suffisant pour examiner ladite loi. La droite butait sur le nombre de sièges réservés aux minorités indigènes – 7 sur les 130 députés – et le vote à l’étranger. En définitive, des Boliviens émigrés pourront voter pour la première fois.

Sur les hauts plateaux andins, les partisans du président aymara anti-libéral s’inquiétaient cet été. L’éloignement des centres urbains compliquait l’inscrip­tion. Le registre était pour eux synonyme de diminution du vote autochtone et des chances du président de remporter un deuxième mandat. Des organisations syndicales se sont mobilisées et ont formé des brigades pour inciter les citoyens à s’inscrire dans le délai de 75 jours.

Se déplaçant avec des unités d’enregistrement mobiles, Sonia Lourdes López, de la CNE du département de Potosí, ne croit pas que le vote de la gauche sera diminué. «La CNE n’a ménagé aucun effort pour se rendre dans les derniers recoins du pays», affirme-t-elle.

Ferveur calculée

Le nombre d’inscriptions actuelles représente un bond de 32 % – inespéré des autorités – par rapport à l’ancien registre. Il contenait 3 891 397 électeurs lors du référendum de janvier 2009 pour une population de 10 millions. «La qualité du registre a redonné confiance aux citoyens, dit Antonio Costas Sitic pour expliquer le bond des inscriptions. Les gens veulent participer.»
Mais d’autres mesures expliquent cette ferveur. Entre le 1er et le 15 octobre, les banques refusaient les transactions sans preuve d’enregistrement au registre. Le vote est aussi obligatoire et une amende de 150 bolivianos, environ 23 $, soit 25 % du salaire minimum mensuel, s’applique autrement. Et des sanctions attendent ceux qui ne s’acquittent pas de leur dette.

Un défi de taille

Pour procéder aux inscriptions au nouveau registre, les autorités électorales de ce pays, le plus pauvre d’Amérique du Sud, ont relevé un défi de taille : joindre sa population éparse, parfois sans papier ou date de naissance, avec des moyens de communication et de transport rudimentaites. Des unités mobiles transportaient même des génératrices pour alimenter
l’équipement électronique dans les régions sans électricité.

Notre collaboratrice revient d’un séjouren Bolivie.

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