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L'amour maternel aux Olympiques

Il est 23 h 25. Comme des millions de gens, je suis rivée à mon écran de télévision. Norma­le­ment, à cette heure, il y a longtemps que le sommeil m’a gagnée, mais ce soir, c’est différent. De toute façon, j’aurais été incapable de fermer l’Å“il. J’essaie de comprendre pourquoi je suis si chamboulée par ce drame qui afflige cette grande athlète. Pourquoi est-ce que je tiens tant à regarder sa prestation, alors que de toute ma vie je n’ai jamais écouté une seule compétition de patinage artistique?

Le coup de départ est donné. Je la regarde performer et tout devient plus clair : je vis avec elle le deuil qui afflige toute personne qui a perdu sa mère. Je ressens à travers elle cette douleur au cÅ“ur lorsque nous réalisons que nous ne serons plus jamais la petite fille de maman, lorsque nous réalisons que plus jamais cet amour maternel ne pourra nous pousser au bout de nos capacités. Chacun de ses gestes dépeignait la peine que je vivais moi-même. Personne parmi les millions de spectateurs ne posera le même regard sur ses performances que sa mère, personne ne comprendra comme sa mère cette nervosité qui coulait dans ses veines. À travers elle, j’ai revécu les derniers moments de vie de ma mère et j’ai compris à quel point j’avais été chanceuse de pouvoir lui tenir la main lors de son dernier souffle. Le courage de Joannie, sa force mentale, sa détermination, sa peine, ses larmes qui coulaient bien involontairement, tout ce qu’elle vit et a vécu sous nos yeux m’a permis d’avancer sereinement dans mon processus de deuil.

Depuis samedi dernier, Joannie n’est plus le petit bébé d’une maman, elle ne sera plus jamais la petite fille d’une femme, et même si elle décroche la médaille tant convoitée, personne ne posera sur elle le regard indescriptible que seule une mère peut poser.

Lorsqu’elle a quitté la patinoire, lorsqu’elle a fondu en larmes, j’ai fermé le téléviseur, je me suis couchée en me disant que, maintenant, c’était à mon tour de m’assurer que chacun des regards que je porterais sur mes enfants ait le même impact sur eux que ceux que Thérèse portait sur les moindres gestes de Joannie.

L’amour maternel devrait devenir une discipline olympique, et chaque enfant mériterait de recevoir décoré d’une médaille d’or.    

– Francine Laplante

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