Si près de l’éradication il y a quelques années, la tuberculose, maladie mortelle, a pris de la vigueur et s’étend rapidement dans l’ancienne Union soviétique. Elle est très répandue parmi la population carcérale. À l’extérieur des prisons, les personnes infectées cachent leur état par peur d’être ostracisées.
L’automne dernier, les yeux de Nikolai, un chauffeur de taxi de Tomsk, en Sibérie, ont glissé sur une affiche annonçant des rayons X gratuits. «Je me suis joint à la ligne d’attente parce que c’était gratuit», raconte-t-il. Même s’il ne présentait aucun symptôme et ne ressentait aucune fatigue, Nikolai a découvert qu’il était l’un des 150 000 Russes souffrant de tuberculose. Sans traitement, il aurait pu tousser au point d’en mourir.
À une époque pas si lointaine, les dirigeants de l’Union soviétique avaient juré d’éradiquer la tuberculose. Aujourd’hui, la maladie se répand à grande vitesse dans l’ancien empire. «C’est un spectre de l’agitation des années 1990, explique le coauteur du plus récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la tuberculose, Wayne Van Gemert. Une sous-classe sans ressource a émergé, et la tuberculose est une maladie qui affecte en grande partie les pauvres. Puis l’alcoolisme, souvent lié à la tuberculose, a augmenté.»
Le pays le plus affecté fut le Tadjikistan, le plus pauvre des anciens membres de l’Union soviétique. Aujourd’hui, ce pays d’Asie centrale a le taux de tuberculose le plus élevé au monde, soit 231 victimes par 100 000 habitants. «Il y a beaucoup de stigmates associés à la tuberculose, note Alexei Korobitsyn, directeur national de l’organisation non gouvernementale Project Hope. Ce sont habituellement des pauvres qui n’ont pas les moyens de se payer de la nourriture qui contractent la tuberculose. Et lorsqu’ils réalisent qu’ils ont cette maladie, ils ne consultent pas de médecin de peur d’être ostracisés.»
Maladie résistante
Fait alarmant, la tuberculose a aujourd’hui muté en une forme encore plus dangereuse, résistante et multirésistante aux médicaments, qui est à la source même de la nouvelle épidémie. Selon une nouvelle étude publiée dans le journal médical The Lancet, 19 % des cas de tuberculose dans l’ancienne Union soviétique résistent aux médicaments, comparativement à 1 % dans les pays occidentaux. «C’est une urgence nationale», affirme Olseksandr Telnov, qui travaille pour Médecins sans frontières en Ouzbékistan.
Chez les prisonniers
Si être pauvre est un facteur de risque, être incarcéré en est un encore plus sérieux. Les anciennes prisons d’Union soviétique sont toujours utilisées et constituent aujourd’hui un véritable incubateur de la maladie. «Il y a souvent 10 personnes dans chaque cellule pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Si l’un tousse, les autres, naturellement, sont exposés», affirme Olseksandr Telnov.
Quant à Nikolai, il reçoit des traitements. Sa femme et ses enfants n’ont pas été infectés. Il souhaite que personne ne sache qu’il est atteint de tuberculose. «Lorsque les gens le savent, ils vous disent : « Tu es malade » et ils vous évitent. Je ne veux même pas que mon fils qui vit aux États-Unis sache que je suis atteint de tuberculose.»
La parole au Dr Zaleskis
Pourquoi la tuberculose est-elle une maladie si dangereuse?
C’est une maladie aéroportée. Dans un endroit clos, une seule personne peut infecter tous ceux qui se trouvent dans la salle. Si une personne ne cesse de tousser pendant plus de deux ou trois semaines, en plus de perdre du poids, elle devrait consulter pour s’assurer qu’elle n’est pas infectée par la tuberculose.
Quels sont les pays où les risques de contracter la tuberculose sont le plus élevés?
Parmi les 27 pays où sévissent 85 % des cas de tuberculose résistante et multirésistante aux médicaments, la forme la plus dangereuse de la maladie, 14 sont d’anciennes républiques soviétiques. La Bulgarie est un autre des pays particulièrement affectés, tout comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, les Philippines, le Vietnam et la Birmanie. Idem au sud du Sahara, où la situation est empirée par le haut taux d’infection au VIH/sida de certains pays africains. Le virus du sida augmente les risques de décès en raison de la tuberculose résistante et multirésistante aux médicaments.
Est-ce que la maladie devrait inquiéter d’autres pays?
Cette maladie n’a pas de frontière. On peut être infecté alors qu’on se trouve à bord d’un avion. La tuberculose est une maladie ancienne qui a tué des pharaons et qui tue toujours des millions de personnes. AujourÂd’hui, la tuberculose est un enjeu global, particulièrement en raison de l’immigration. L’Allemagne et les Pays-Bas ont de très bons programÂmes pour prévenir cette maladie.