La question est sur toutes les lèvres. Certes, Hamid Karzaï dirige un pays où la culture du pavot «nourrit» une quinzaine de millions de drogués dans le monde, mais attention aux liens de cause à effet. Les gros doutes viennent plutôt de ses envolées incendiaires contre les Occidentaux. Le président afghan est-il un opiomane?
«Il y a des informations en ce sens», a lancé laconiquement la semaine dernière Peter Galbraith. L’ex-numéro deux de l’ONU à Kaboul cherchait à expliquer les menaces de Karzaï de rejoindre les rangs des talibans qu’Américains, Canadiens et autres OcciÂdentaux combattent depuis bientôt neuf ans.
Difficile de prouver que Karzaï baigne dans les vapeurs de l’opium, ou de toute autre substance. TouÂjours enrhumé, il se «drogue» plutôt à la vitamine C. L’expliÂcation sur son «équilibre mental» est ailleurs.
Porté aux nues par George W. Bush, qui l’appelait «mon pote», Karzaï a commencé sa descente aux enfers avec l’élection de Barack Obama. Le président démocrate n’arrête pas de le sermonner sur son attitude trop conciliante à l’égard des talibans, alors que plus de 1 000 Américains sont morts dans une guerre qui coûte annuellement 75 G$.
Fatigué d’avaler des couleuvres, Karzaï a décidé de cracher son venin : arrêtez de me critiquer sur tout, dit-il en substance, sinon je claque la porte et je rejoins les talibans. De tels propos vont conforter Stephen Harper dans sa décision de retirer les militaires canadiens d’Afghanistan dès l’an prochain.
Pour Obama, cependant, le dilemme reste entier : comment continuer à se battre dans un pays dont le leader dénonce désormais sur tous les toits «l’ingérence étrangère», tend la main aux insurgés, y compris à leur chef spirituel, le mollah Omar, et se permet même de recevoir le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad?
Faudra-t-il trouver un successeur à celui qui ne règne qu’à Gul Khana, le palais présidentiel? LongÂtemps considéré comme une «marionnette» de WashingÂton, Hamid Karzaï devra peut-être se trouver un nouveau tailleur pour ses manteaux brodés qui lui valent d’être sacré par Gucci l’«homme le plus chic de la planète».