lang="fr-FR" > Rions beaucoup : pot-pourri de drôleries budgétaires et financières

Rions beaucoup : pot-pourri de drôleries budgétaires et financières

Permettez-moi de faire un léger détour avant d’aboutir à mon point. Un article du Devoir du 11 avril 2007 s’intitulait ainsi : «Bush offre à ses adversaires de discuter sur l’Irak mais pas de négocier». Exactement comme ici au Québec où l’on tient encore et toujours des forums «intimes» et des commissions «paquetées» sur la situation financière du gouvernement dans lesquels la population est cordialement invitée à venir placoter, faire valoir leurs doléances, gueuler un peu, même formuler leurs recommandations, mais les discussions sont déjà prises par le gouvernement. Y’a toujours ben une limite à la démocratie participative!

Le monde ordinaire devra donc payer pour les conséquences de la crise financière, dont il a été l’innocente victime, par des hausses de taxes à la consommation et des tarifs de services publics. C’est ça qui est ça. À cet effet, le Québec et le Canada font totalement bande à part dans le monde, même des États-Unis, qui ont plutôt opté pour des hausses d’impôts sur le revenu des riches et une baisse pour la classe moyenne; pour l’élimination des abris fiscaux des riches, alors qu’ici on en a créé de nouveaux comme le CELI et le régime épargne-actions; pour le durcissement des lois sur l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux alors qu’ici on ne fait que demander aux institutions financières de «collaborer»; pour des impôts et des taxes plus élevés aux banques et aux compagnies alors qu’ici on continue à les diminuer comme si rien n’était; pour des subventions et des privilèges amputés aux compagnies, comme aux pétrolières et aux banques, alors qu’ici on leur accorde de nouvelles et, enfin, ailleurs on taxe les primes et les bonus des dirigeants alors qu’ici on se l’interdit.

Tiens, tiens, que vois-je dans deux articles du journal Les Affaires publiés les 12 décembre 2009 et 13 février 2010 et intitulés : «Budget du Québec : les priorités du patronat» et «Québec doit même mieux cibler l’aide accordée aux entreprises. Le conseil du patronat du Québec propose trois stratégies pour assainir les finances publiques». Les trois stratégies en question du patronat sont : Limiter «davantage» la hausse des dépenses publiques, taxer la consommation plutôt que le revenu et taxer les services publics en fonction des coûts réels.

Ah ben misère noire, les recommandations du patronat sont en tous points identiques à celles du comité d’experts «indépendants» (Fortin, Montmarquette, Godbout et Gagné) mis sur pied par Jean Charest pour avoir un portrait fidèle et des recommandations neutres sur comment sortir le Québec de la crise financière actuelle. Je me dis que les grands esprits se rencontrent! Remarquez que le Conseil du patronat du Québec ne recommande pas de réduire les subventions gouvernementales aux entreprises québécoises, mais uniquement de mieux les «cibler».

Pour le dit Conseil, ce sont uniquement les coûts des programmes sociaux qu’il faut diminuer. Pas touche aux fonds publics versés aux compagnies milliardaires, même si le Québec est, de loin, la province canadienne qui verse le plus de subventions directes aux entreprises, soit plus de 6 milliards de dollars par année qu’a répété récemment l’organisme conservateur du Fraser Institute. Et ces 6 milliards de dollars de subventions annuelles au privé excluent les milliards de dollars distribués annuellement par le biais des tarifs d’électricité préférentiels, la Société générale de financement, Investissement Québec, etc.

Ah ben là c’est à y perdre son latin, même si j’en ai pas du tout. Au nom du principe de l’utilisateur-payeur dans les services publics plutôt que de l’universalité, le patronat suggère fortement aux gouvernements de les tarifier davantage. Mais le titre de cet article du journal Les Affaires du 27 janvier 2007 me laisse perplexe : «Trop de tarifications en environnement, dénonce le patronat. La majorité des demandes d’autorisation sont tarifiées par le gouvernement». Ça veut donc dire que la tarification des services publics et l’application du principe de l’utilisateur-payeur ou du pollueur-payeur s’appliquent uniquement à la population et non aux entreprises.

Et puis, pour me mélanger encore plus, je vois le titre de cet article du Devoir du 30 octobre 2008 titré : «Couper oui, aménager non. Les industriels de la forêt demandent à Québec d’être «soulagés» d’une série de coûts qu’ils ont historiquement assumés». Admettez que ça devient mêlant et difficile, pour ne pas dire impossible, de les suivre. Mais, je me dis que ça doit avoir du gros bon sens, puisque les gouvernements exécutent leurs doléances.

L’économie de marché postule que le prix que nous payons pour tout ce qui vient du privé est le juste prix qui, grâce à la concurrence féroce que se livrent les agents économiques, aboutit toujours au point de rencontre équilibré entre l’offre et la demande. Aucun agent économique ou une poignée d’agents n’est censé contrôler le marché. Cette théorie économique m’émeut vraiment aux larmes.

Oh, que vois-je dans le titre de cet article de La Presse? «Pacte de non-agression Rogers-Shaw», comme le font d’ailleurs les banques, les pétrolières, les pharmaceutiques, les ferroviaires (CN et CP), etc. Faudrait donc actualiser les concepts de base du modèle de l’économie de marché et remplacer les termes «concurrence» et «compétition», qui sont considérés par les dits agents économiques comme des gestes agressifs, par «collaboration» et «coopération» entre agents économiques. Seuls les États et les travailleurs doivent se concurrencer entre eux pour le plus petit commun dénominateur.

Malgré les effets catastrophiques de la crise financière mondiale sur les États, les travailleurs, les retraités et les populations, soyons positifs, nous a dit récemment le gouverneur de la Banque du Canada. Dans Le Devoir du 26 septembre 2008 : «La crise financière aura des répercussions positives». Faut recommencer en neuf, mais entre-temps vous devrez payer pour les «répercussions positives», sinon il n’y aura que du négatif. Allez, soyez solidaires! Puis, il y a le lucide économiste de Cirano, Claude Montmarquette, dont les services sont retenus par l’actuel gouvernement de Jean Charest et comme ils l’ont été dans le passé par le parti québécois, qui a dit dans son opinion publiée dans La Presse du 7 octobre 2008 : «Sachons garder la raison. L’importance de retrouver un climat de confiance dans le système bancaire américain est cruciale pour sortir de la crise». Mais, pour s’assurer de bien garder la raison et de bien sortir de la crise, l’expert «indépendant» mandaté par Jean Charest demande à la population d’accepter sans se plaindre de juteuses hausses de taxes à la consommation et des tarifs de services publics afin de contrer «l’illusion de la gratuité» qu’il nous a dit sans rire.

Monsieur Montmarquette, faudrait dire à Barack Obama de se calmer le pompon et de garder sa raison, car comme le mentionne le titre de ces articles de La Presse du 4 février 2010 : «Obama en «colère». 100 millions de dollars de bonus à AIG et 4 milliards de dollars en bonus versés aux dirigeants de Bank of America». Pourtant, pas plus tard que le 13 janvier 2010 dernier, devant une commission d’enquête indépendante sur la crise financière, les banquiers américains disaient avoir pris les mesures nécessaires après avoir admis leur part de responsabilités.

Ils ont tout simplement appris qu’ils pouvaient recommencer à tromper, à faire dans les paradis fiscaux, à spéculer, à réaliser des profits records et à verser des milliards de dollars à leurs dirigeants. Et, ils savent pertinemment que si leur patente tourne au vinaigre, les fonds publics de l’État et de la population seront là pour les secourir. Vous avez bien raison, encore une fois, monsieur Montmarquette : «Faut savoir garder sa raison et faire confiance aux banquiers», ils travaillent pour notre bien en faisant toujours preuve de dévouement, de désintéressement et du don de soi. De vrais missionnaires du bien. Plus lucide que vous, monsieur Montmarquette, on meurt draitte là.

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