Belgique: La discrétion, le choix des germanophones

Raphaël Bouvier Auclair - Métro

Sur l’artère principale d’Eupen, le centre administratif de la communauté germanophone, Sven Müllener, un citadin, explique que les Belges s’exprimant dans la langue de Goethe sont souvent «mis de côté». Même s’il ne se sent pas tellement concerné par les questions linguistiques, le jeune Belge croit en l’avenir de son pays et confie que les «disputes entre Flamands et francophones lui font un peu peur».

En tant que troisième joueur dans un pays où deux communautés linguistiques s’affrontent, les germanophones pourraient être vus comme les meilleurs candidats au poste de médiateur. Mais selon le ministre-président de la communauté germanophone, Karl-Heinz Lambertz, «cette observation rapide ne correspond ni à la réalité ni à l’intérêt de la communauté.»

S’ils préfèrent s’effacer, les germanophones analysent tout de même avec une gran-de attention les tensions dans le pays, puisque «les modifications qui résultent des crises ont de grandes conséquences sur nous», explique Karl-Heinz Lambertz.

Règle générale, les germanophones n’aiment pas occuper la position d’arbitre. Ils ont toutefois tenté d’apaiser les dissensions entre les deux grandes communautés sur le problème linguistique dans la périphérie de Bruxelles, lequel est à l’origine de la crise politique qui frappe le pays de plein fouet.

«Pour sauver la Belgique et donner du temps aux négociations, le gouvernement germanophone a voté le «conflit d’intérêts» en octobre dernier», explique Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège. Cette procédure parlementaire belge permet à une «assemblée de montrer du doigt une décision potentiellement nuisible provenant d’une autre assemblée du pays». Même si le Parlement germanophone ne se considérait pas «lui-même en conflit d’intérêts», il a voulu offrir une possibilité de prolonger les pourparlers au niveau fédéral. 

Maintenant que les discussions ont échoué et que le gouvernement du premier ministre Yves Leterme est tombé, Karl-Heinz Lambertz estime que la «situation est grave». Selon l’hom-me politique, «une instabilité gouvernementale peut avoir des conséquences financières et économiques très désavantageuses.» Des élections anticipées en juin pourraient aussi être négatives, alors que la «Belgique s’apprête à prendre la présidence tournante de l’Union européenne.»

Bien qu’elle désire voir son Parlement «grignoter le plus de compétences régionales possible», comme l’explique Pierre Verjans, la communauté germanophone croit en son pays. Comme quoi «la Belgique vaut plus qu’une querelle linguistique», comme le disait Jacques Brel.

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