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L'immobilisme au Québec

Quel merveilleux film d’épouvante cela ferait. Un succès mondial dans lequel on verrait des Québécois affamés, des malades agonisants, des illettrés paumés, d’immenses nids-de-poule, une province en banqueroute et des jeunes qui démoniseraient les vieux pour ne pas avoir écouté les lucides, le patronat et l’économiste «vedette» Pierre Fortin, qui ont dit que le Québec était à feu et à sang et que les huissiers étaient à nos portes. J’ai peur.

 Trop tard, les créanciers ont tout saisi et le sang coule à flots. Pour contrer l’immobilisme au Québec, ces «prophètes» proposent des politiques fiscales contraires à celles de tous les autres pays occidentaux, même les États-Unis et le Royaume-Uni.

Pour sortir de notre immobilisme crasse, il ne faut pas, selon eux, copier les autres pays et hausser les impôts sur le revenu des nantis et des compagnies, réduire les subventions aux entreprises dont le Québec est le champion canadien, s’attaquer aux paradis fiscaux et aux abris fiscaux des banques et pontifes comme les REER à 22 000 $ et les CELI à 5 000 $ qui coûtent des milliards au Trésor québécois, abolir les 400 M$ versés aux écoles privées, envers lesquelles le Québec est aussi le plus généreux, etc. Non, pour eux, ces politiques «socialistes» empireraient la situation en s’attaquant à nos créateurs de richesse, nos cerveaux et nos bienfaiteurs.

Mieux vaut faire cracher le monde ordinaire en haussant les taxes à la consommation (TVQ) et en tarifant davantage les services publics. De toute façon, le petit monde ne peut s’exiler et n’a aucun pouvoir. Faut aussi moderniser le Québec ensanglanté en privatisant nos services publics, nos instruments collectifs et nos ressources naturelles, en déréglementant le travail et l’environ­nement et en dégraissant l’État au profit des affairistes. Immensément génial comme projet de société. C’est pour ça qu’ils s’autoproclament lucides.

Voici des individus et des groupes «courageux» et «visionnaires» qui ont décrié notre inertie morbide, des titres pigés dans nos quotidiens : «Dumont invite les Québécois à en finir avec l’immobilisme»; «Le ras de bol de Jacques Ménard [Banque de Montréal] : Assez l’immobilisme»; «Une solution pour sortir le Québec de l’immobilisme», émanant des Chambres de commerce; «Immobilisme ruineux», de l’économiste lumineux Yves Rabeau, et «Une société paralysée», telle que ressentie par l’indémontable Joseph Facal.

Tous posent le même diagnostic et proposent les mêmes thérapies à appliquer au Québec momifié. Soyez dans l’allégresse, ça s’améliore enfin et c’est Facal qui l’a dit récemment dans Le Devoir : «Le Québec tourne en rond.» Au moins, on bouge! Le Québec est enfin sorti de son coma!

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