Felipe Calderón avait un sourire de circonstance vendredi à l’ouverture du Mondial. Quelques heures avant le match nul 1-1 avec le pays hôte, un nouveau massacre avait eu lieu au Mexique, l’un des États les plus violents de la planète, avec l’Afrique du Sud. Le président mexicain a beau être un mordu du ballon rond, sa tête était visiblement ailleurs.
Depuis son élection il y a quatre ans, les affrontements entre barons de la drogue, policiers et militaires ont fait au moins 23 000 morts. Calderón a marqué des points contre les narcotrafiquants. Certains ont été abattus, plusieurs ont été arrêtés. Mais le plus recherché, Joaquin «El Chapo» Guzman, 701e fortune mondiale selon le magazine Forbes, court toujours. Calderón aimerait bien terminer son mandat, dans moins de trois ans, comme Alvaro Uribe.
Absent des tribunes d’honneur sud-africaines (son pays n’a pas été sélectionné), le président colombien peut bomber le torse. Sa guerre contre la dro-gue n’est pas un échec total. Calderón a quelques atouts. Aucune partie de son pays n’est totalement entre les mains des narcos. Malgré le degré de violence, les investisseurs étrangers ne boudent pas le Mexique, surtout pas Stephen Harper qui s’y est rendu trois fois. De plus, les États-Unis, qui ne peuvent se permettre d’avoir un «narco-État» à leurs frontières, mettent le paquet pour financer la guerre de Calderón.
Elle sera longue, car 90 % de la cocaïne colombienne transiterait par le Mexique avant d’atterrir aux États-Unis, premier consommateur mondial de drogues de toutes sortes. La capacité de corruption des cartels mexicains est, par ailleurs, sans fin. Ils consacreraient de 30 % à 50 % de leur chiffre d’affaires annuel à l’industrie de la complicité. De l’argent, il y en a des tonnes : 30 G$ seraient blanchis chaque année, soit l’équivalent de 9 % du PIB mexicain.
On le voit, Felipe Calderón n’a pas une minute à perdre s’il veut, à l’instar d’Uribe, connaître un demi-succès contre les narcos. Il a déjà regagné Mexico et n’assistera pas sur place à la confrontation de jeudi entre son pays et la France.